Prendre conscience

Chronique n°7 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 30 avril 2016.

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Le 27 avril 2016, le Parlement autrichien adopte un projet de loi qui restreint drastiquement le droit d’asile. Ce vote survient trois jours après le 1er tour de la présidentielle. Il est symptomatique de l’influence grandissante des nouvelles droites radicales en Autriche… comme dans d’autres pays d’Europe.

Dimanche 24 avril, parmi les 60 % d’Autrichiens qui se sont rendus aux urnes, les trois quarts n’ont voté ni pour le SPÖ (social- démocrate) ni pour le candidat conservateur de l’ÖVP qui se répartissent le pouvoir depuis la Seconde guerre mondiale.
Comme le souligne Mediapart (26 avril 2016), « à défaut de profiter aux gauches alternatives ou à de nouveaux venus en politique […] [la] reconfiguration de l’espace politique autrichien profite essentiellement… à l’extrême droite. » Le média en ligne précise « [le FPÖ] est également en tête de pratiquement toutes les catégories de population, que l’on classe par sexe, par tranche d’âge ou par activité » sauf chez les étudiants et bacheliers.

Les partis traditionnels dévissent
Norbert Hofer, candidat du Parti libéral autrichien FPÖ (parti nationaliste, membre – avec le Front national – du groupe L’Europe des nations et des libertés au Parlement européen), arrive en tête avec 36,4 % des voix. Suivi, loin derrière, par l’ex-porte-parole des Verts, Alexander Van der Bellen, qui obtient 20,38 % des voix et par l’ancienne présidente de la commission d’enquête parlementaire sur le scandale de corruption impliquant la banque Hypo Group Alpe Adria, Imgard Griss (indépendante), qui réalise 18,52 % des suffrages. Les Autrichiens devront choisir, le 22 mai prochain, entre le candidat d’extrême droite et celui des Verts. Certes, le régime semi-présidentiel autrichien n’est pas comparable au régime français hyper-présidentialisé, mais le signal enthousiasme Marine Le Pen qui, dès dimanche soir, twitte : « Mes plus sincères félicitations à nos amis du FPÖ pour ce résultat magnifique. Bravo au peuple autrichien ! »

Le scrutin et au-delà
Le score réalisé par le candidat du FPÖ n’est pas réductible aux « qualités de Norbert Hofer » comme le déclare le dirigeant du parti, Heinz-Christian Strache.
Pour autant, il n’est pas anodin que ce « bon père de famille » – comme le représente le site nationaliste de Lionel Baland – réside dans le sud du Burgenland.
En effet, c’est dans ce Land (frontalier de la Hongrie) qu’au printemps 2015 s’est nouée une alliance « rouge-bleue » locale entre le parti social-démocrate et le FPÖ qui, selon Gaël Brustier, membre de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) de la Fondation Jean Jaurès : « marque l’inexorable montée de l’extrême droite européenne et confirme la crise que subit sa social-démocratie » (Slate, 11/06/2015).
Au-delà du profil et de la personnalité du candidat, c’est bien la stratégie du FPÖ qui semble porter ses fruits. Comme nous l’indique Gaël Brustier, contacté mercredi 27 avril, le FPÖ a opéré « un détournement de l’élection pour exprimer la ‘‘peur-panique’’ de la société autrichienne face à la crise des réfugiés. » Comme les autres « nouvelles droites radicales », il formule des réponses politiques autarciques, excluantes, clivantes et ségrégatives « au sentiment de menace que représentent l’entrée dans la globalisation et le système institutionnel de l’Union européenne » portés par les partis traditionnels convertis ou ayant renoncé à s’opposer au rouleau-compresseur néolibéral.
La fuite en avant, sous pression de l’extrême droite, qu’opère la représentation autrichienne lorsqu’elle instaure « un état d’urgence migratoire », est symptomatique des dynamiques à l’oeuvre au niveau continental. Si des contre-offensives qui « rallument tous les soleils » ne se dessinent pas d’urgence, les faits pourraient bien donner raison au site libéral-conservateur Atlantico, lorsqu’il évoque le scrutin autrichien comme « l’avant-première d’une pièce qui pourrait se jouer en France en 2017. » Rien n’est écrit.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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De Défense de l’Occident à Conflits

Chronique n°6 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 23 avril 2016

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Défense de l’Occident, une revue néo-fasciste, a été créée en 1952 par Maurice Bardèche et cessa de paraître en 1982. Parmi les animateurs de la revue figurait Pascal Gauchon. On retrouve ce dernier, en 2014, comme rédacteur en chef de la revue Conflits.

L’ex-rédacteur en chef de Défense de l’Occident, Pascal Gauchon était également un activiste de l’organisation radicale Ordre nouveau, dissoute en 1973. Ne rompant qu’ultérieurement avec l’action politique, P. Gauchon sera secrétaire général de l’organisation d’extrême droite concurrente du Front national : le Parti des forces nouvelles (PFN) jusqu’au début des années 1980.

Le combat idéologique
C’est au début des « années Mitterrand » que Pascal Gauchon renonce à la politique dans sa forme partidaire. Il privilégie le combat idéologique et se consacre à une carrière universitaire : il enseigne l’histoire, la géographie, la géopolitique et dirige même un institut privé spécialisé dans les classes préparatoires aux grandes écoles commerciales. D’autre part, il devient responsable de la collection « Major » aux Presses universitaire de France (PUF) en 1992.
En mars 2014, il crée la revue trimestrielle de géopolitique « grand public » Conflits. Revue qui, comme éléments, se fait une bonne place en kiosque. Il est vrai que depuis la chute du mur de Berlin, la multipolarité dans les relations internationales s’est imposée, ouvrant un nouveau marché à destination de celles et ceux qui veulent comprendre le monde contemporain. Les revues traitant de diplomatieou de géopolitique fleurissent.
Avec Conflits, Pascal Gauchon s’engouffre dans la brèche. Il mobilise un réseau d’universitaires et d’experts – notamment son ancien collègue de Défense de l’Occident, Xavier Raufer, devenu consultant multimédia lorsqu’il s’agit de traiter de criminalité, de terrorisme ou d’insécurité urbaine –, la plupart pouvant se reconnaître dans la démarche visant à produire une pensée « au service du rayonnement et de la puissance des États et d’idéologies souverainistes et nationalistes. », comme le soulignent Anne-Laure Amilhat Szary et Sarah Mekdjian (enseignantes- chercheuses en géographie sociale et politique à l’Université Grenoble Alpes).

Préférence civilisationnelle
Dès le premier numéro, P. Gauchon brouille les cartes en s’entretenant avec Yves Lacoste que l’on ne peut suspecter de sympathie pour ses idées. Le géographe reconnu, ancien membre du Parti communiste français, prit une part active dans le soutien aux luttes anticoloniale. Il créa la revue, toujours de référence, Hérodote en 1968 et fût l’auteur de La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre – ouvrage édité en 1976 aux éditions François Maspero, réédité en 2012 par les éditions La Découverte.
Au-delà du « coup éditorial » du 1er numéro, Conflits sait vendre. Maquette accrocheuse, les numéros sont bien ficelés et les dossiers percutants. Ainsi, du 1er numéro sur « L’Eurasie. Le grand dessein de Poutine », au 1er hors-série (hiver 2014) titrant « nous sommes en guerre économique », en passant par le numéro cinq intitulé « À quoi servent les frontières » ou le récent n°9 consacré à « La guerre civile », la revue propose une lecture de « préférence civilisationnelle » du monde.
Face aux travaux, proposés par l’équipe de Conflits, présentés comme neutres ; A.-L. Amilhat Szary et S. Mekdjian, dans une remarquable tribune intitulée « Pour une géopolitique critique des frontières » (Mediapart, le 1er avril 2015) écrivent : « Il y a urgence politique à sortir d’une approche nationaliste de l’État et des frontières, pour refonder l’imaginaire politique de notions au fondement de la géostratégie et de la géopolitique. » Espérons que cette tribune créera des vocations.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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Les jeunes nationalistes et la « loi travail »

Chronique n°5 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 9 avril 2016.

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Plus à l’aise lorsqu’il s’agit de « lutte des places » ou de « lutte des races » (de nos jours, dans sa version ethnoculturelle), les extrêmes droites sont en général en difficulté lorsque la question sociale est au coeur du débat public. Le mouvement d’opposition à la contreréforme El Khomri ne déroge pas à la règle. Trois stratégies sont observables.

Laisser passer l’orage social
Nous avions déjà abordé les contradictions du Front national dans une précédente tribune (Jours heureux n°2, 19 mars 2016). Les communiqués et déclarations des dirigeants nationaux du FN ou les pétitions locales que font signer les militants FN à Bourges et du Front national de la jeunesse (FNJ) dans le Cher n’y changent pas grand chose. Sur le terrain, le FN est à côté de la plaque. Il préfère attendre que l’orage passe puis surfer sur le ressentiment créé par une défaite du mouvement.
Dans l’extrême droite radicale, il y a ceux qui privilégient l’exploitation des attentats de Bruxelles (Jeune Nation, Génération Identitaire). Il y a ceux qui ne supportent pas – y compris en s’attaquant physiquement au cortège (Groupe Union Défense, Lyon, 31 mars) – que les manifestations s’approchent trop près de « leur territoire » (représailles annoncées après la dégradation de la librairie Terres Celtiques, Grenoble, 31 mars). Ceux-là aimeraient sans doute pouvoir s’attaquer plus violemment au mouvement avec l’assurance d’une sorte d’impunité comme les FTP (Fédération des étudiants contre le travail perturbé, un label qui regroupait des membres du FNJ, des Jeunesses identitaires, du RED et du Renouveau français), à Paris, en mars 2006, contre les opposants au contrat première embauche (CPE). Et puis, il y a ceux qui s’intéressent au mouvement soit pour le dénigrer soit pour tenter de le parasiter.

Mépriser la racaille gauchiste
Dans le premier cas de figure, nous avons TV Libertés (voir Jours heureux n°4, 2 avril 2016) présente, le 31 mars, place de la République à Paris qui diabolise la Nuit Debout « savamment encadrée par l’extrême gauche anarchiste, vieux soixante-huitards, jeunes bourgeois qui veulent se faire peur, militants écologistes et anarchistes. » Des rassemblements qui, selon TVL, font en sorte de « ne jamais oublier les fondamentaux marxistes. » Toujours selon TVL, le mouvement profite du maintien de la « loi travail » ainsi que des violences policières. Selon le média nationaliste, les organisateurs de Nuit Debout donnent même la parole à des associations de réfugiés et conclut, sans peur du ridicule, que « sur ce point, les manifestants devraient pouvoir s’entendre avec le gouvernement et le grand patronat. »

Taper l’incruste
Pour ce qui concerne les parasites, il y a : a) Les doctrinaires du journal toulousain Rébellion de l’Organisation socialiste révolutionnaire européen (OSRE) qui titre son récent numéro 74 (février-mars 2016) : « Mort du droit du travail : le patronnat [la coquille est d’origine] en rêve, la gauche va le faire ! » Ce journal – en lien avec le Mouvement d’action sociale (MAS), la web radio Méridien Zéro et la revue éléments (voir Jours heureux n°3, 26 mars 2016) –, autour duquel de rares cercles gravitent, propose son kit militant téléchargeable et prêt à l’emploi dont le tract « ni amendable, ni négociable, retrait du projet de loi El Khomri » ; b) Les auto-proclamés « dissidents », produits dérivés de la mouvance Dieudonné-Soral à la fois conspirationnistes, confusionnistes et « putschistes » d’opérette ont été identifiés lors des manifestations ou à la Nuit Debout. Concernant ces « antisystème », la lecture du très bon article en ligne « Extrême droite et confusionnistes face au mouvement contre la loi travail » de La Horde sur les « guignols du mouvement du 14 juillet » est vivement conseillée.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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Bruno Mégret rêve de 2017

Chronique n°4 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 2 avril 2016.

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Après huit années de silence, Bruno Mégret est de retour. L’ex-numéro 2 du Front national (FN) jusqu’en 1998 et président du Mouvement national républicain (MNR) jusqu’en 2008. Dés lors, selon wikipedia, il travaille deux ans en Australie au service du groupe Bouygues puis devient chargé de mission au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD).

L’ex-candidat aux présidentielles de 2002 et 2007 présente son ouvrage, le dixième, intitulé Le Temps du Phénix (aux éditions Cité Liberté domiciliées au siège du MNR en Seine-Saint-Denis) sur le plateau de la télévision numérique nationaliste TVlibertés, le 16 mars dernier.

Interrogé par Martial Bild (national-catholique, opposant à Marine Le Pen et aujoud’hui hors du FN, il contribua à l’exclusion de Bruno Mégret et de ses partisans en 1998), le polytechnicien présente son roman d’anticipation. Ce roman met en scène un « président patriote » élu en 2017.

Selon B. Mégret, ce président « serait susceptible de redresser le pays en cinq ans » sur la base d’un programme pour le moins musclé. Il s’agit d’aller vite, de profiter de l’état de grâce, de prendre des décisions par décrets ou ordonnances. Conscient que les réactions populaires ne se feraient pas attendre et au-delà des manifestations et des grèves prévisibles, le « président patriote », en réponse à d’hypothétiques émeutes des banlieues ou aux réactions des « minorités » instaure « dans les sept jours » l’état de siège et transfère, comme la Constitution le permet, l’autorité de l’État aux militaires. Des tribunaux spéciaux (les tribunaux classiques ne sont pas assez fermes selon l’auteur) sont mis en place afin de juger les émeutiers qui sont systématiquement arrétés puis relégués dans « des camps… euh, des centres de rétention [le lapsus est d’origine] ».

Sur le plan économique, ce « président patriote » supprime les 35 heures, baisse les charges des entreprises, fusionnse les CDD et les CDI (même Martial Bild critique les « vieilles marmites du libéralisme ») car il faut « détruire l’étatisme et le fiscalisme et dans le même temps une régulation aux frontières de l’Europe ».

Concernant l’Union européenne, le choix est d’y rester ainsi que dans la zone euro. Mais il s’agit d’emprunter une autre voie que celles des politiques actuelles, de « refonder l’Union » afin d’en faire un « pôle de puissance pour défendre l’identité, la prospérité et l’indépendance des nations européennes. » dans un cadre d’analyse qui est celui de la multipolarité du Choc des civilisations. En guise de politique étrangère, une « alliance militaire européenne se substituerait à l’OTAN » est constituée. B. Mégret jugeant qu’ « il n’est pas anormal que le monde musulman cherche à s’ériger en puissance politique » (différentialisme oblige), il fait assez peu de cas que cela soit sous hégémonie fondamentaliste. Le haut fonctionnaire privilégie plutôt « d’éradiquer l’islamisation sur notre sol ».

Le « président patriote » veut, évidemment « tarir les flux migratoires » Il ambitionne également de réduire l’influence des médias (France 2 devient la chaine gouvernementale « la voix de la France ») et de grignoter le pouvoir du Conseil constitutionnel qui sont autant de contre-pouvoirs aux mains du « politiquement correct ».

Bien qu’il s’en défende, « Naboléon » (c’est le surnom que lui donnaient ses opposants) vise à influencer la présidentielle de 2017 par un « livre-programme » qu’il enverra aux responsables du FN ainsi qu’aux candidats de la primaire à droite et aux dirigeants de « la droite de conviction ». Certains candidats se laisseront-ils tenter par l’« ethnolibéralisme » (lire Les droites extrêmes en Europe de Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg) de B. Mégret comme alternative à l’ordolibéralisme ? A suivre…

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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Je n’ai pu me rendre aux obsèques de Maya

Aujourd’hui, un dernier hommage était rendu à ma camarade Maya Surduts décédée le 13 avril dernier. Je n’ai pu m’y rendre pour des raisons professionnelles. La connaissant, elle ne m’en aurait pas voulu. Je sais que cet hommage a réuni plein de monde et ça m’a mis du baume au cœur : pour sa mémoire (qu’il faudra garder vivante), pour ses proches, pour les militantes du mouvement des femmes qui l’ont côtoyée et militée avec cette internationaliste inépuisable jusqu’au dernier souffle et poursuivront le combat.

Femmes sans frontières

Femmes sans frontières Maya Surduts manifestation nationale du 5 avril 2008 en défense des sans papiers Paris/2008/04/05/wasegr

Un hommage à Maya a été rendu par la LDH, ici.

Un hommage lui a également été rendu par les « anciens de Ras l’front ». Normal, Maya était signataire de l’appel des 250 qui fût l’acte fondateur, en 1990 du Réseau de lutte contre le fascisme. Un outil utile, novateur, dynamique et efficace en son temps (pour en savoir plus sur ce qu’était ce réseau, lire Ras l’front, douze années de militantisme atypique de René Monzat). Le voici :

 » Maya,

A tes côtés nous avons travaillé, peiné, lutté ensemble pour la reconnaissance et la défense des droits des femmes. 

Et au-delà contre le fascisme, tous les intégrismes.

Nombre des anciens de Ras l’front se souviennent de ta fougue, de ton enthousiasme, de ta disponibilité et aussi de tes coups de gueule lors de nos manifestations, de nos initiatives, ainsi que lors de tes interventions en réunions nationales du réseau et au sein des collectifs.

Nous avons partagé les meetings, les petites manifestations toniques contre les commandos anti-IVG devant les cliniques qu’ils tentaient d’intimider, ou les grandes marches comme en novembre 1995, 50 000 manifestantes et manifestants, un bonheur pour toi et pour nous.

Des avancées, la crainte des reculs aussi que tu exprimais, nous alertant, nous demandant sans cesse d’être vigilants. Car ces droits, tu avais aidé à leur conquête, tu en connaissais le prix.
Le combat continue, toujours plus âpre contre tous les sexismes, les racismes, les fascismes.
Dans cette lutte, tu seras toujours présente à nos côtés.

Salut Maya.

Paris, 13 avril 2016″

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éléments et « l’humeur idéologique »

Chronique n°3 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 26 mars 2016.lps26032016

René Monzat et Jean-Yves Camus dans l’ouvrage de référence Les droites nationales et radicales en France (Presses universitaires de Lyon, 1992) décrivent Alain de Benoist comme « le poisson pilote de la Nouvelle droite [pour faire rapide parlons des nationalistes européens] en direction des milieux les plus éloignées du discours différentialiste néo-droitier [ici, parlons de racisme ethno-culturel définit, grossièrement, comme un développement séparé des peuples dans leur aire culturelle « naturelle »] ». Ils soulignent, à juste titre, que « ses positions étonnent ceux qui ont de l’extrême droite une image restrictive […] qui s’imaginent que les fascistes et les nazis, comme ceux qui les soutenaient, avaient forcément un discours conservateur et réactionnaire ». Encore aujourd’hui, il est possible d’observer la constance du septuagénaire au travers des publications auxquelles il contribue dont la revue éléments pour la civilisation européenne.

éléments fête ses quarante ans lors de son 149e numéro (octobre-décembre 2013). À l’occasion de son 157e numéro (octobre-décembre 2015) une nouvelle formule apparaît. Alain de Benoist renonce définitivement à son pseudonyme Robert de Herte. La revue prétend au statut de « magazine des idées » et veut prendre sa place « au centre du reclassement idéologique en cours, veut être le lieu de rencontres et de dialogues inédits ». La stratégie n’est pas nouvelle (elle est néanmoins portée aujourd’hui par une nouvelle génération de rédacteurs). Ce qui est frappant, c’est le retentissement de cette fausse nouveauté dans le contexte actuel portée par une scénarisation fort réussie, il faut le reconnaître.

Ainsi, éléments – attachée à une critique virulente de « l’idéologie des droits de l’Homme », du « politiquement correct » (depuis une bonne décennie, cette critique, à droite, sert à justifier les discours inégalitaires, discriminatoires et exclusifs) ainsi que des révolutions cartésienne et kantienne – s’assure, depuis trois numéros, la participation de guests qui peuvent faire le buzz : Michel Onfray est interviewé et figure en une du 157e numéro. Ce qui semble avoir boosté les ventes. Dans le numéro 158, c’est l’économiste Jacques Sapir qui répond aux questions du périodique. Dans la livraison de mars-avril 2016 (n°159), c’est à la fois l’historien des gauches Jacques Julliard et les ex-maoïstes Jean-Paul Brighelli, Stéphane Courtois (qui a coordonné Le livre noir du communisme publié en 1997), Christian Harbulot et Kostas Mavrakis qui prêtent leur concours à la revue qui clame avec obstination que les anciens clivages sont obsolètes et vise à « faire bouger les lignes » (à moins qu’il ne s’agisse, une fois encore, de mettre en œuvre une « stratégie de marquage » qui, in fine, mènerait vers eux les auteurs ainsi délégitimés).

Il ne s’agit pas d’emblée de faire un procès d’intention aux interviwés. Ces derniers développent chacun un discours qu’ils auraient développé dans d’autres colonnes. Mais, on en vient tout de même, aujourd’hui, à se demander ce qui amène ces intellectuels à se retrouver dans une publication néo-droitière. Il fût un temps, pas si éloigné, où les intellectuels étaient plus regardant sur les tribunes qu’on leur ouvrait…

Et le pire, c’est que ça semble marcher. Ainsi, lorsque l’on est attentif à la production éditoriale – ce qui est mon cas -, que l’on se rend dans les Relay (ex-Relais H), au rayon librairie (lorsqu’il y en a un) de son supermarché ou chez son kiosquier, il n’est plus réellement compliqué de se procurer la revue : elle figure dans les présentoirs les plus visibles.

Ce serait donc cela la construction de « l’humeur idéologique » dont parlait Pierre Bourdieu dans L’ontologie politique de Martin Heidegger ?…

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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« Loi travail », le Front national ose tout…

Chronique n°2 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès social du 19 mars 2016.LPS9

Depuis les régionales de 2015, Marine Le pen fait le choix d’une diète médiatique. Pour autant, le Front national n’est pas muet. Au-delà de la candidature rendue officielle de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017, le parti d’extrême droite critique les contre-réformes gouvernementales.

Tandis que l’effervescence sociale prend de l’ampleur contre l’avant-projet de loi El Khomri, la présidente du Front national n’hésite pas à parler d’un projet de « régression économique et sociale » (communiqué du 9 mars 2016). Dans ce même communiqué, elle dénonce le manque de cohérence de certains opposants à cet avant-projet « qui ont toujours validé l’Union européenne, ont voté l’ensemble de ses traités et n’ont jamais émis la moindre critique contre elle » et d’ajouter que « la croissance, l’activité économique et le progrès social ne viendront pas de Bruxelles mais d’un sursaut patriotique des peuples. »

Dés février 2015, le parti d’extrême droite s’oppose « aux projets de réforme envisagés par le gouvernement et soutenu par l’UMP » en précisant que ledit gouvernement « s’apprête à lancer une nouvelle étape de sa politique d’austérité et de déréglementaiton généralisée exigée par l’Union européenne [contre] l’ensemble du droit du travail que le gouvernement entend libéraliser ».

L’affirmation du « souverainisme intégral » (élaboration d’une offre politique identitaire de protection des « nationaux ») nécessite de s’attirer, simultanément, la grâce des salariés et des chefs d’entreprise (prioritairement ceux des TPE/PME qu’il s’agit de mobiliser contre l’orientation du patronat néo-libéral et transnational) et de brandir le danger du « renforcement des dérives communautaristes au sein des entreprises » (communiqué du 19 février 2016) afin de faire prendre sa « mayonnaise idéologique ».

Ainsi, quelques mois après une campagne pour les élections régionales de 2015 qui faisaient la part belle au développement du collectif Audace des « jeunes actifs patriotes » (crée en octobre 2014) ; aux modestes réseaux patronaux du cercle Cardinal (crée en octobre 2014) et – depuis février 2016 – au collectif Croissance Bleu Marine, le Front national n’hésite pas à actionner d’autres leviers.

Cela, par ailleurs, quelques semaines après le séminaire d’Étiolles (Essonne) qui se tient début février 2016. Un séminaire où s’affrontent, comme l’indique le chercheur Gilles Ivaldi, « les tenants d’un  « social-populisme » défendu par Florian Philippot, et de l’autre les partisans d’un retour aux thèses plus libérales, incarné notamment par Louis Aliot ou Robert Ménard [mais aussi Marion Maréchal Le Pen] » Les seconds considérants que la plus forte progression électoral frontiste se fera à droite et nécessite, par exemple, de pondérer le positionnement anti-euro (encore une proposition de référendum en perspective pour la candidate Le Pen) qui effraie de larges franges du patronat.

Jean-Lin Lacapelle (France 3-Ile de France, 20 février 2016), récent secrétaire national en charge des fédérations, illustre assez bien l’offensive des nationaux-libéraux. Pour lui, l’avant-projet El Khomri n’est pas si condamnable que cela : « Sur la durée du travail, nous sommes pour un assouplissement et des accords de branche et des accords d’entreprise de manière à ce que les petits entrepreneurs puissent avoir cette flexibilité nécessaire pour réguler le travail par rapport à leur carnet de commandes ». Il précise « Nous soutenons ce principe mais nous pensons que c’est très mal articulé dans le projet de loi. » Un désaccord sur la forme plus que sur le fond, en somme.

André Déchot,
a.dechot@leprogressocial.fr

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Face aux idées des extrêmes droites, penser un autre avenir

Chronique n°1 parue dans le supplément « Les jours heureux » du Progrès Social du 12 mars 2016.

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Pourquoi une rubrique « extrême droite » dans le Progrès social ? Et puis d’abord, quand on dit « extrême droite », de quoi parle-t-on ? Est-ce seulement d’une droite qui surenchérit sur les valeurs de la droite classique ? Non, car l »extrême droite s’oppose aux valeurs de la droite qui se revendique démocrate et républicaine. L’extrême droite est-elle homogène ? Non plus.

Comme le précise l’historien Jean-Paul Gautier dans Les extrêmes droites en France (Syllepse, 2009), certains parlent de révolution tandis que d’autres agissent pour la contre-révolution. Les uns se revendiquent nationalistes, d’autres s’affichent européens ou régionalistes. Des désaccords existent sur la nature du régime à instaurer (monarchie, république), sur la forme de l’état (totalitaire ou décentralisé), sur l’organisation économique, sur l’Europe, la politique étrangère, la place de la religion dans la société. A ce titre, on peut parler des « extrêmes droites ».

En Europe occidentale, après le nazisme et les fascismes historiques, comme l’indiquent Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg dans Les droites extrêmes en Europe (Seuil, 2015), les droites – qui postulent à l’exercice du pouvoir – n’ont cessé de « réinventer leur radicalité ». Cette radicalité a pris différentes formes depuis 1945 : néofascisme durant la décennie qui suivra la seconde Guerre mondiale ; vague antifiscale des années 1950-1970 ; national-populisme de la fin du XXe siècle ou néo-populisme – produit du 11 septembre 2001 – comme appropriation identitaire du « choc des civilisations » néo-conservateur.

Aujourd’hui, selon le politiste Cas Mudde, repris par J.-Y. Camus et N. Lebourg, l’extrême droite combine « le nationalisme (étatique ou ethnique) ; l’exclusivisme (dont le racisme, l’ethnocentrisme, ou l’ethnodifférentialisme) ; la xénophobie ; des traits antidémocratiques (culte du chef ; élitisme ; monisme ; vision organique de l’état) ; le populisme ; l’esprit anti-partis ; la défense de « la loi et l’ordre » ; le souci de l’écologie ; une éthique de valeurs qui insiste sur la perte des valeurs traditionnelles (famille, communauté, religion) et un projet socio-économique mêlant corporatisme, contrôle étatique sur certains secteurs et croyances fortes dans le jeu naturel du marché. » Les partis d’Europe occidentale qui ont connus des succès électoraux dans les trente dernières années rentrent, pour la plupart d’entre eux, dans cette « classification ». Front national compris. En Europe centrale et orientale, les extrêmes droites s’inscrivent dans la continuité des fascismes historiques.

Traiter des extrêmes droites dans les colonnes du Progrès social, ce sera déjà décrypter tout cela. Ce sera également (car il est impossible d’en faire l’économie) traiter des offensives croisées des fondamentalismes religieux qui prônent un monde théocratique, autoritaires, hiérarchisé – proche de l’extrême droite – ; distinguent les amis et les ennemis et mettent l’accent sur l’appartenance de l’individu à la communauté au détriment des concepts de citoyenneté, des droits individuels et de l’universalisme.

Enfin, il s’agira au travers de cette rubrique, à l’instar de Gaël Brustier dans La guerre culturelle aura bien lieu… (Mille et une nuits, 2013), « d’éclairer le lecteur sur une hégémonie culturelle constituée en lui montrant comment le débat public s’est reconfiguré depuis les années 1970 et comment l’idéologie de la crise, l’occidentalisme, a fait son lit dans nos sociétés ».

Cette chronique contribuera-telle, face aux idées des extrêmes droites, de penser un autre avenir ? Permettra-t-elle de sortir des peurs, des pièges identitaires et des « paniques morales » dont la période est porteuse ? C’est, en tout cas, son ambition.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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ça faisait un bail

Oui, ça faisait un bail que je n’avais plus partagé une ligne sur ce blog. Pourtant, depuis octobre 2014, j’ai – entre autres choses – poursuivi mes recherches d’emploi. Je n’y reviendrai pas car ce blog n’a pas été créé pour raconter ma vie.

Alors partons d’emblée des dernières semaines. Et particulièrement de ma contribution à un nouveau quotidien national sans publicité, indépendant et engagé, Le Progrès Social, qui a été lancé le 9 mars 2016 (voir la une du 1er numéro), lors de la 1re journée nationale de mobilisation contre la « loi travail ». C’est un hasard, mais quel hasard.

lps19042016Ce quotidien papier de quatre pages – en quadrichromie et au format Canard enchainé – est publié du mardi au samedi. Le samedi, l’édition est double car s’ajoute les quatre pages hebdomadaires Les Jours Heureux. Et c’est dans ce supplément que chaque semaine j’officie dans le cadre de la rubrique Extrêmes droites.

Alors, tant qu’à faire, je vous ferai supporter ces chroniques. Allez, courage !

Ah si, un dernier mot. Toujours concernant « LPS ». Ce journal n’est pas diffusé en kiosque. Il ne dépend que de ses abonnés. Alors, par conviction ou par amour du pluralisme et de la liberté de la presse, pensez à vous abonner au Progrès Social, le quotidien qui se veut (c’est ma définition) « ni populiste ni people, populaire! ».

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Extrême droite en Suède. Les raisons d’un succès électoral

Le présent texte de Cyril Coulet aurait pu être une contribution exclusive de ce modeste blog. In fine, je suis bien content que La documentation française ait fait le choix de se l’approprier.

Le 14 septembre 2014 se sont déroulées en Suède des élections générales qui portaient sur l’ensemble des assemblées élues : le Parlement (Riksdag), les départements (landsting) et les municipalités (kommun). Ce scrutin a été marqué par la performance de la formation d’extrême droite appelée Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD). Au niveau national, ce parti a presque atteint 13 % des voix, enregistrant la plus forte progression des formations politiques avec un gain supérieur à 7 points d’écart par rapport aux élections de 2010. Ce score a non seulement permis à l’extrême droite de se maintenir au Parlement, mais même de dépasser la barre des 10 %, pour la première fois de l’histoire politique du pays. Fort de ce succès national, le parti a obtenu la désignation de l’un de ses membres, Björn Söder, au poste de vice-président du Parlement avec le plus faible nombre de voix jamais enregistré – 52 sur 344 –(1). Ce résultat n’en a pas moins été un succès pour le candidat des Démocrates de Suède qui a réussi à capter 6 voix supplémentaires en dehors de son groupe parlementaire. Le parti peut donc désormais aspirer à se positionner en pivot de la vie politique, entre les deux coalitions partisanes minoritaires : la coalition rouge-verte (sociaux-démocrates, parti de gauche, écologistes) et l’Alliance pour la Suède (modérés, libéraux, chrétiens-démocrates et centristes).

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