De Jörg Haider à Heinz-Christian Strache – L’extrême droite autrichienne à l’assaut du pouvoir, Collection « Démocratie ou totalitarisme », éditions du Cerf, 2012, 640 pages, 29 euros

Dans le dossier que l’hebdomadaire Les Inrockuptibles publiait le 23 mai dernier (au titre franchement anxiogène, « Europe le péril brun », mais au contenu plus rationnel), un extrait de l’entretien (à lire ici) donné par le chercheur Jean-Yves Camus me permet d’introduire ce papier.

Le politologue déclare : « Les différents partis nationalistes européens n’agissent pas de concert, chacun dépend de sa propre histoire. L’offre politique nationale, le mode de scrutin en vigueur, l’existence ou l’absence de leader charismatique sont déterminants ». Cela tord le coup à l’obsession de l’Internationale noire sans nier l’existence de coopérations, le plus souvent circonstancielles.

Pour autant, comme d’ailleurs s’y consacrent Jean-Yves Camus et d’autres, il est crucial de s’intéresser aux personnalités, à l’évolution des orientations et des thématiques, bref aux mutations des organisations nationales-populistes, couramment xénophobes et autoritaires, du continent européen… comme autant de « laboratoires » nationaux s’inspirant mutuellement.

C’est ce que fait l’historien Patrick Moreau dans De Jörg Haider à Heinz-Christian Strache – L’extrême droite autrichienne à l’assaut du pouvoir.

Ce livre n’est pas seulement une biographie (j’ai pas déjà utiliser la formulation récemment?) du leader « new look » du FPÖ puis du BZÖ*, mort en octobre 2008 dans un accident de voiture, ou celle de Heinz Christian Strache.

Il s’agit surtout, pour l’auteur, « de comprendre ce qui rend ce type de parti [les partis nationaux-populistes] attractif aux électeurs européens. Si le FPÖ est évidemment un enfant de l’histoire autrichienne, son fonctionnement, ses références programmatiques, ses techniques de communication se retrouvent ailleurs, dans le Vlaams Belang belge, la Ligue du Nord italienne, le Front national français, le Volkspartei danois, le Forschrittpartei norvégien ou le schweizerische Volkspartei helvétique ».

Plus encore, Patrick Moreau se préoccupe d’alimenter (et depuis de nombreuses années. Pour les archivistes, je vous invite à vous replonger dans votre collection de Celsius) une action efficace contre l’extrême droite. Il précise dans son introduction : « Faire de Haïder ou de son successeur Strache un nouvel Hitler, et du FPÖ une horde de SA, les uns et les autres au service du “Grand capital”, est une démarche stérile.» Bon, j’avoue, j’me r’connaît plutôt dans la démarche.

Et d’ajouter : « En revanche, reconnaître quel type de xénophobie le parti génère et nourri [aucun doute, cela fait référence au racisme « culturalisé » anti-musulman et aux « paniques morales » — dixit Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin dans Voyage au bout de la droite que je vous conseille vivement de lire — qu’il cherche à susciter et à alimenter], décrypter son langage antisémite, comprendre son modèle étatique de référence, observer les hommes [et de plus en plus, les femmes] qui le dirigent, déchiffrer sa sémantique et son style de communication — en claire soulever le masque –, devrait permettre aux partis de l’arc démocratique, aux forces religieuses, culturelles ou syndicales, de mieux communiquer avec les citoyens pour leur faire comprendre la nocivité et l’inutilité de parti de type FPÖ. »

Selon moi, les gauches radicales ont également un rôle majeur à jouer pour rendre crédible auprès du plus grand nombre l’idée que d’autres possibles sont à construire, qu’un « socialisme gourmand » (spéciale dédicace à l’ouvrage de Paul Ariès) peut constituer une alternative aux violences générées par l’accumulation capitaliste…

Mais déjà, les objectifs que Patrick Moreau se donne et qu’il me paraît atteindre, par cette contribution, me semblent valoir le détour.
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* le BZÖ est une scission minoritaire du FPÖ, conduite par Haïder. Ce dernier décide, comme récemment le LAOS grec – au plus grand bénéfice de l’Aube dorée —, de nouer une nouvelle alliance de gouvernement avec l’ÖVP — dans une relative indifférence contrairement à 1999 (ce qui souligne néanmoins la banalisation de l’exercice) — dans un rapport de force qui lui était défavorable, le rendant ainsi comptable de la politique libérale menée par le Parti chrétien conservateur. Ce à quoi s’est refusé le FPÖ de Strache préservant ainsi son profil « antisystème »).

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A propos André Déchot

Journaliste, ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et aujourd'hui, membre du groupe de travail « extrême droite » de la LDH, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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