Un chaleureux week-end de travail auvergnat

Aujourd’hui, j’aurais pu faire le choix de revenir sur l’Université d’été du Front national à la Baule. Et d’ailleurs, je le ferai sous peu. Mais, finalement, je fais le choix de vous raconter mon week-end en Auvergne.

C’est au titre du groupe de travail « extrême droite » de la Ligue des droits de l’homme que je me suis rendu à la rencontre régionale des sections LDH d’Auvergne qui se tenait à quelques dizaines de kilomètres de Clermont-Ferrand dans un cadre agréable et encore verdoyant (et en plus le soleil était de la partie).

Le samedi après-midi, il s’agissait pour moi d’apporter des éléments au débat « ce que doit faire la LDH » face à l’extrême droite (particulièrement le Front national mais pas seulement).

Cette intervention suivait la projection du film Mains brunes sur la ville de Bernard Richard et Jean-Baptiste Malet [le documentaire revient sur la façon dont la famille Bompard s’est durablement implanté à Orange en harcelant ses opposantEs, en s’appuyant sur certaines couches de la population et en ségrégant les autres. Puis, en normalisant ses rapports avec les droites du département. Les Bompard ont ainsi réussi, depuis 1995, à tisser leur toile dans le Nord-Vaucluse. En juin 2012, Jacques Bompard, se fait élire député (retour ici sur la stratégie qui lui a permis d’être élu et les objectifs qu’il se donne pour les municipales de 2014). Il accueillera la prochaine Convention Identitaire de novembre 2012]. Un excellent support de discussion sur l’un des courants de la « droite nationale et identitaire ».

Mon intervention succédait également la présentation des votes Marine Le Pen et FN en Auvergne lors de la séquence électorale 2012, préparée par deux ligueuses de la région. Une volonté de comprendre le « Pourquoi du comment » aussi bien localement que nationalement. Un échange riche et instructif (entre autre, autour de la radicalisation du vote rural et de ses éventuelles répercussions lors des élections aux chambres agricoles en décembre 2012).

Ensuite, donc, j’ai fait mon « topo » sur les recompositions à l’œuvre, idéologiquement et organisationnellement, au sein des droites voire au-delà (la question des « points de rupture ») : droites de gouvernement, FN et extrêmes droites activistes ont été évoquées (sur ce dernier volet, j’ai d’ailleurs appris que le Bloc identitaire est présent en Auvergne. Mais que son éclatement, prévisible prochainement, pourrait ouvrir la porte à l’implantation de groupes tels que les Jeunesses nationalistes).

L’échange était articulé, « évidemment » pourrait-on dire, à une discussion plus générale sur la situation politique, économique et sociale en pleine conscience que le pire était sans doute à venir, mais que rien n’était joué d’avance :

–  Traitement réservés aux Rroms – pour beaucoup, victimes de pogroms en Roumanie ou en Hongrie) par l’actuel ministre de l’Intérieur, s’inscrivant, en grande partie, dans la droite ligne de la politique sarkozyste (jusqu’à son évolution « identitaire » voire nationaliste?) ;

– Réponses sécuritaires « à côté de la plaque » (questions intéressantes posée dans la discussion : peut-on être de gauche et prôner l’autoritarisme ou le « sécuritarisme » ? Cela ne contribue-t-il pas à un recul des droits individuels et collectifs ? L’exemple de la vidéo-surveillance est de ce point de vue, au minimum questionnant) ;

– Désillusions que créeraient les reniements du gouvernement concernant la redistribution des richesses et la réponse aux besoins sociaux ;

– Nécessité démocratique de mettre en œuvre les engagements de campagne comme le droit de vote des étrangers extra-européens ou sur le mariage homosexuel (en effet, les promesses n’engagent pas que ceux qui les écoutent) ;

– L’actualité de la campagne démocratique pour un référendum sur le TSCG et les débats à organiser avec d’autres (comme ATTAC) pour cerner les enjeux du dossier européen.

Le champ de la discussion a été vaste. La vigilance était dans tous les esprits. Il restait à en explorer les voies. Pour les sections auvergnates, il est clair que le travail régional unitaire (mais pas comme fin en soi, sur un contenu) et le travail en réseau se poursuivront et s’amplifieront dans la mesure des forces disponibles.

Le dimanche matin, le travail mis en œuvre par les ligueurs et ligueuses (mais aussi Amnesty international) de Midi-Pyrénées, présenté par Rémi Cochard et Patrick Castex, en amont (intentions de départ, méthodologie mise en place, rédactions et codifications des observations…) et en aval (mise en scène théâtrale, perspective de documentaire…) de la publication de Comparutions immédiates : quelle justice ? était également un bel exemple de veille (voire une forme de contrôle) démocratique des institutions de justice. Une veille à la portée de beaucoup, une expérience à renouveler ailleurs. Sans aucun doute.

Un grand regret pour moi (C’est pourtant un choix que je devais faire. Car rentrer à pas d’heure, ça l’aurait moyennement fait pour assurer mes obligations domestiques et enquiller la semaine de boulot). Celui de n’avoir pu assister au débat autour des travaux de l’Observatoire départemental sur les violences policières illégitimes (OVPI) – Bouches-du-Rhône, présenté par Chantal Mainguy, la présidente de la section LDH de Arles. Pour donner une idée aux lecteurs et lectrices de ce blog, l’exergue des rapports annuels : « NUL MAINTIEN DE L’ORDRE PUBLIC NE PEUT SE FAIRE AU MÉPRIS DES DROITS DE L’HOMME. » donne une idée de l’étendue du travail mené par l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), la CIMADE, la Ligue des Droits de l’Homme des bouches-du Rhône (LDH13) et le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) (Pour en savoir plus, cliquez ici).

Pour finir cette « carte postale », il me paraît important de souligner que durant tout le week-end, de pauses café en repas, la « nourriture du corps » avait été (fort bien) assurée avec le concours de chacunE. Concernant le samedi, je tenais à faire une « dédicace spéciale » à Camille et à son compagnon pour la qualité de leur travail en cuisine !.

Bref, un grand merci aux auvergnatEs de la LDH pour la chaleur de leur accueil et la qualité des échanges de ce week-end. Perso, j’y ai pris beaucoup de plaisir.

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A propos André Déchot

Ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et ex-membre du groupe de travail « extrêmes droites » de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de son comité central et de son bureau national, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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