Entretien de Nicolas Lebourg aux Inrockuptibles

« LE FN SYNTHETISE LES CRISPATIONS DE NOTRE SOCIETE »

En quatre décennies, le FN a-t-il vraiment changé ? Nicolas Lebourg, historien des droites extrêmes, revient sur les ruptures idéologiques qui ont marqué le mouvement.

Le Front national a été créé il y a quarante ans. Quelles sont les principales inflexions idéologiques qu’a connues le parti au cours de son histoire ?
Nicolas Lebourg – À son origine, en 1972, le premier positionnement du FN, c’est être contre le Front populaire. Jean-Marie Le Pen se veut le champion de la droite anticommuniste. Mais sur ce créneau, il existe le RPR fondé par Jacques Chirac. Pour sortir du stade groupusculaire, le Front national se lance donc dans la dénonciation du coût social de l’immigration à partir de 1978. Dans les années 80, le parti se radicalise considérablement dans une conception ethnique de la nation. Une décennie plus tard, le poids pris par les classes populaires dans sa sociologie électorale amène le FN à se placer sur une ligne “ni droite ni gauche”. Le Front national se rêve alors en “parti de la grande alternance”. Avec le 11 septembre 2001 et les manifestations consécutives au 21 avril 2002, une partie des cadres du FN a compris la nécessité de réorienter idéologiquement le parti. Sur le modèle des partis néopopulistes scandinaves, le logiciel frontiste est aujourd’hui composé d’une proclamation de foi dans les valeurs libérales, la défense d’un État souple mais protecteur, et une dénonciation de l’islamisme.

Quelles ont été les principales lignes de rupture dans l’histoire de ce mouvement d’extrême droite ?
L’extrême droite française est depuis toujours indisciplinée et instable, ses tournants ne sont pas dus à des congrès ou des maturations, mais aux événements extérieurs et aux actions d’individus. En 1978 par exemple, l’assassinat du numéro deux François Duprat et son remplacement par Jean-Pierre Stirbois permettent à celui-ci de purger le parti de l’essentiel des néofascistes et des néonazis, et de construire une offre populiste plus compatible avec l’électorat et les partis de droite. Plus tard, les déclarations de Jean-Marie Le Pen qualifiant de “point de détail” les chambres à gaz liquident la possibilité d’un accès aux responsabilités pour les frontistes.

Sans le “point de détail” et la longue liste des provocations lepénistes à partir de 1987, ce parti aurait-il pu avoir une autre évolution ?
Deux choses plongent le FN au purgatoire : le “point de détail”, mais également le rétablissement du scrutin majoritaire à deux tours décidé par Jacques Chirac. La conjonction des deux empêche toute transformation de militants radicaux en bons parlementaires soucieux d’attirer le vote de modérés pour assurer leur réélection. Or la manière classique d’apaiser des antiparlementaristes, c’est de leur faire goûter aux joies personnelles du parlementarisme. La gauche a bien réussi à transformer des maoïstes et des trotskistes en parfaits adeptes de la routine législative.

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A propos André Déchot

Journaliste, ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et aujourd'hui, membre du groupe de travail « extrême droite » de la LDH, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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