Le mariage : une construction sociale des normes hétérosexuelles et de la domination masculine

En attendant qu’elle fasse le choix d’être contributrice permanente, voici un nouvel article de Sophie Joubert totalement dans l’actualité.

En préambule, petit rappel sur le mariage :

SOUS L’ANCIEN RÉGIME
Les fils seuls ont le droit à l’hé-ritage. Les filles sont seulement «dotées», selon le bon vouloir des parents.
Le mariage, acte religieux, est soumis à l’autorisation du père, quel que soit l’âge des futurs époux.
Le mariage est indissoluble; le divorce et même la séparation de corps sont impossibles.
Le mari seul a le droit de gérer les biens du couple et les biens de sa femme (mais il n’a pas le droit de dilapider la dot de sa femme).

LES LOIS DE LA RÉVOLUTION
Les filles ont le même droit à l’héritage que les fils.
Le mariage, acte civil, n’est plus soumis à l’autorisation parentale.
Le divorce est autorisé dans les cas suivants :
– par simple consentement mutuel des deux époux ;
– sur la demande de l’un des époux : pour incompatibilité d’humeur, démence, fureur, condamnation infamante, crime, sévices, injures graves, abandon du domicile conjugal pendant deux ans, dérèglement des moeurs notoires.

La femme a le droit d’accomplir certains actes juridiques, mais le mari garde « la suprématie» dans l’administration des biens.

LE CODE NAPOLÉON
Le mariage est soumis au consentement du père : pour le fils, jusqu’à 25 ans ; pour la fille, toujours.
La femme passe, par son mariage, de la tutelle de ses parents à celle de son mari : elle doit suivre son mari à son domicile; (jusqu’en 1975) ;
Elle n’a aucun droit sur l’administration des bien communs; (jusqu’en 1965) ;
Elle ne peut disposer de ses biens personnels, ni les gérer sans l’autorisation de son époux, même en cas de séparation de corps (jusqu’en 1965) ;
Elle ne peut sans autorisation de son mari exercer une profession; (jusqu’en 1965) ;
Elle ne peut accomplir aucun acte juridique. (abrogé partiellement en 1938, définitivement en 1965)

Les époux se doivent fidélité, mais pas au même degré : (jusqu’en 1975)
La femme adultère est passible d’un emprisonnement de 3 mois à 2 ans ;
L’homme adultère est passible d’une simple amende, et seulement s’il amène sa concubine au domicile conjugal.

 1816 Suppression totale du divorce.

LA LOI DE 1975 SUR LE DIVORCE
La femme n’est plus obligée de vivre au domicile de son mari.
L’adultère est dépénalisé.
Le divorce par simple consentement mutuel devient possible.
La rupture de la vie commune devient un cas de divorce, même sans le consentement de l’un des époux.

Le mariage hétérosexuel renvoie aux positions des hommes et des femmes dans la hiérarchie sociale. Les rôles sexués restent fortement codifiés : les femmes et les hommes seraient censés coexister harmonieusement dans la complémentarité et surtout l’hétérosexualité.

Ainsi les enfants élevés par les parents de même sexe ou par des femmes seules seraient plus perturbés que les autres. Et, très grave, ce serait la fin de la transmission automatique du nom paternel, ce qui ruinerait le lien père-enfant. Pauvres enfants espagnols et portugais, ils doivent être perdus avec les noms des deux parents.

La fameuse fonction symbolique du père à laquelle se raccroche les détracteurs du mariage homo met l’accent sur la présence du père, qui est encore souvent symbolique : l’essentiel des soins aux enfants restant assuré par les femmes, même si il y a une réelle évolution sur le partage des tâches au sein des couples. La famille reste le lieu de reproduction des normes sociales et sexuelles.

L’assignation des femmes à la maternité est possible (surtout pour les différentialistes qui pensent que les femmes ont des prédispositions naturelles à s’occuper d’enfants) grâce à diverses politiques publiques:

– l’allègement des cotisations sociales pour les entreprises recrutant à temps partiel. Les temps partiel occupés à 80 % par des femmes, ont explosé, (ce que dénonce les féministes par ailleurs car le temps partiel ne répond pas aux besoins des femmes (un salaire en complément, voire de l’argent de poche) mais aux besoins du patronat.

– l’Allocation Parentale d’Education, créée en 1985 pour les parents de trois enfants et étendue pour deux enfants en 1994, a fait chuter de 15 points le taux d’activité des femmes ayant deux enfants. Dans 99 % des cas, cette allocation dite parentale est versée à… la mère.

– Le mode de garde des enfants : il manque des milliers de places en crèches et les gouvernements successifs ont privilégiés les modes de garde individuels car ce serait, pour les politiques et pseudo-experts de la petite enfance, nocif pour les enfants d’être trop précocement gardés à la crèche ou de fréquenter dès deux ans l’école maternelle… Le mode de garde individuels, dont les tarifs ne tiennent pas compte des revenus, favorisent aussi les inégalités entre femmes: c’est-à-dire l’exploitation des plus précaires mais aussi un cantonnement de l’emploi féminin dans les services à la personne. De plus l’assistante maternelle est vue comme le prolongement naturel de la mère.

Ainsi sous couvert de « libre choix du mode de garde », c’est le retrait des femmes du marché du travail (et des statistiques du chômage) qui est organisé par ces politiques. La décision des femmes de quitter un emploi pour s’occuper de leurs enfants relève souvent d’un choix contraint.

La place des femmes dans la sphère professionnelle est conditionnée par celle qu’elles occupent dans la sphère domestique, et toutes les discriminations qu’elles subissent ne semblent jamais concerner les hommes.

Le mariage, vu par les détracteurs du mariage homo, reste un déni de l’autonomie des femmes et ils le revendiquent comme un libre choix pour sa signification religieuse. Ce qui est logique de leur point de vue.

Cette offensive contre les mariage homos est d’autant plus forte qu’ils ne peuvent remettre en cause le divorce, les familles recomposées ou encore les familles monoparentales.

Sophie Joubert

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A propos André Déchot

Ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et ex-membre du groupe de travail « extrêmes droites » de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de son comité central et de son bureau national, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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