Hier, dans le Vaucluse, contre le communautarisme de l’extrême droite

250 à 300 manifestants contre la Convention Identitaire à Orange, Lundi 29 octobre 2012

Prise de parole de Fabienne Haloui.

Pour les organisations ci-après : ATTAC Calavon, C.G.T., Europe Ecologie/Les Verts-Comtat Venaissin et Pays d’Avignon, Front de Gauche (Parti Communiste Français – Parti de Gauche – Parti Communiste des Ouvriers de France, Gauche  Unitaire), F.S.U., Ligue des Droits de l’Homme, Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti Socialiste, Partit Occitan, RESF/UCIJ84, Sud-Solidaires

« En octobre 2009, les Identitaires étaient déjà à Orange pour réaffirmer les raisons de leur combat : la défense de l’occident chrétien blanc menacé par l’immigration non européenne, l’islamisation et l’instauration d’une société multi-raciale.

Il y a 3 ans, devant l’indignation suscitée par ce rassemblement Jacques Bompard, Maire d’Orange avait déclaré « J’accepte tout le mondeje suis choqué de cet ostracisme non directionnel et antidémocratique qui touche les identitaires… ». Normal me direz-vous, il ne s’était pas contenté de les accueillir, il avait participé également à leurs travaux et avait conclu une alliance avec eux l’année d’après aux élections régionales.

Aujourd’hui, ces gens qui se déclarent en guerre pour défendre la terre et le sang se sentent non seulement légitimés par l’élection de 3 députés d’extrême droite à l’assemblée nationale mais se aussi sentent aussi portés par les paroles xénophobes et musulmanophobes de dirigeants du Front national et d’un nombre croissant de dirigeants de l’UMP.

Le Bloc identitaire fêtera samedi prochain ses 10 ans à Orange, 10 ans d’actions coups de poings, de provocations racistes multiples sur les marchés ou dans la rue, hooliganisme sur les stades, soupes populaires excluant juifs et musulmans, leur dernier fait de guerre étant l’occupation de la mosquée de Poitiers en construction.

Ils se disent ni de droite ni de gauche, ils sont identitaires pour relever le drapeau de la blanchitude menacé par le métissage imposé et l’islam : voilà leur raison d’être !

A leurs logiques identitaires, il convient de rajouter leurs logiques anti-sociales, ils combattent la France des droits sociaux conquis dans les luttes par les travailleurs. Ils combattent notre sécurité sociale et notre retraite par répartition, Ils combattent leurs ennemis de classe que sont les syndicats.

Pour avoir une idée de l’orientation idéologique de ce groupe, il suffit de se reporter à un texte publié par les Identitaires de la région de Perpignan, en hommage à l’écrivain Saint-Loup, condamné à mort par contumace en 1945 pour son engagement volontaire dans la Waffen SS. Les Identitaires catalans se lamentaient :

« Un anniversaire oublié, c’est celui de Saint-Loup. Il est vrai qu’en ces temps de détresse identitaire, l’écrivain disparu en décembre 1990 sent le soufre. On ne préconise pas impunément le respect de l’héritage racial ! »

Au registre des rencontres de coïncidence, on citera le chef de file de la mouvance identitaire de Toulouse recherché par la police et auteur présumé de coups violents contre un étudiant chilien de 36 ans, dans la nuit du 31 mars 2012. Ce jeune, victime de fractures du crâne survivra à ses blessures en demeurant hémiplégique. Mais le chef de file de la mouvance identitaire de Toulouse, auteur présumé des coups, fut un temps en cavale, il finit par se poser à la Mairie de Bollène où il y travailla comme stagiaire avant d’être interpellé à Orange.

Ce n’est un secret pour personne de dire qu’André-Yves Beck, 1er adjoint de la Ville de Bollène et directeur de communication de Jacques Bompard à Orange est un partisan de la mouvance identitaire.

Au registre des coïncidences idéologique,s on citera les propos de Marie-Claude Bompard lors d’une commémoration officielle du 11 novembre, elle déclarait à propos de la suprématie perdue de l’Europe après la guerre : « Aujourd’hui, nos peuples européens ont à faire face à des menaces identiques, menaces démographiques, menaces de submersion migratoire, menaces sur leur identité. » Lors de ce même discours, elle appelait à saluer la mémoire des seuls morts européens oubliant les soldats d’Afrique du Nord et d’Afrique Noire, d’Indochine ou des USA.

Identitaires, Ligue du Sud ou Front National, même combat de l’identité européenne, la défense de l’occident chrétien blanc !

Véritablement traumatisés par le métissage imposé et 150 ans d’immigration, les identitaires vivent dans l’illusion d’une France mythique qui n’a jamais existé.

Ils devraient apprendre à connaître la France, l’un des plus vieux pays d’immigration, cette France plurielle et métissée depuis tant de générations.

On oublie notre histoire :
– les Romains venus du sud,
– les Francs venus du nord,
– les Normands eux aussi venus du nord mais francisés au nord de la France avant d’envahir l’Angleterre,
– sans oublier que les Arabes certes arrêtés à Poitiers ont vécu dans le sud ouest

Si la France a comme d’autres pays européens était un pays d’émigration vers le nouveau monde, elle fut un des premiers à passer de pays d’émigration à pays d’immigration au 19e siècle.

Les premiers immigrés étaient belges, italiens, polonais, arméniens mais la haine à leur encontre était la même. Ils étaient inassimilables.

Les Italiens étaient jugés primitifs et barbares. Les « Ritals » les « Macaroni » … les noms méprisants ne manquaient pas, ils étaient accusés de vols, de viols… Le vocabulaire xénophobe a traversé les âges…

 Voici une citation du Parti des Croix de Feu en 1934 à propos des Italiens : « travailleur français, tu entretiens les étrangers quand ils sont à l’hôpital, quand ils sont au chômage, quand ils sont en prison. Ils te récompensent en prenant ta place, en travaillant en dessous du tarif, en te mouchardant à l’usine. »

On parlait des femmes en noirs tout le temps « fourrées » à l’église et on leur reprochait de porter un foulard sur la tête. Les polonaises étaient visées mais aussi les italiennes.

L’histoire nous montre qu’en période de crise sociale, l’extrême droite a toujours attisé les peurs, tenté de détourné les colères vers des boucs émissaires en incitant au repli sur soi, en faisant de la préférence nationale et du rejet des immigrés les seules solutions pour résoudre les problèmes. Pendant ce temps, on ne parle pas des causes réelles de la crise, de l’aggravation des inégalités, des cadeaux aux banquiers et aux riches, de la nécessité de s’attaquer aux logiques du capitalisme financier.

La question sociale est ainsi déplacée sur le terrain identitaire.

On masque ainsi l’aggravation des inégalités sociales et on renonce au combat pour l’égalité. Dans ce monde inquiétant et menaçant pour son avenir, l’affirmation d’une identité devient un sentiment de réassurance !

C’est pour cela que Génération Identitaire déclare :
« Nous avons découvert que nous avions des racines, des ancêtres et donc un avenir. Notre seul héritage c’est notre terre, notre sang, notre identité, nous sommes les héritiers de notre destin »

C’est l’identité-racine que défend le Bloc identitaire qui a longtemps servi de muraille : faire le compte de ce qui est à soi, le distinguer de ce qui tient de l’autre, qu’on érige alors en menace illisible, empreinte de barbarie. Je ne fais là que paraphraser Edouard Glissant.

Le mur identitaire a pourtant donné les éternelles confrontations de peuples, les empires, les pires guerres, les expansions coloniales, la traite des nègres, les atrocités de l’esclavage américain, les horreurs impensables de la Shoah, et tous les génocides.

Les identitaires défendent une identité-racine aux marqueurs archaïques que sont la couleur de peau, la terre, le sang.

Nous tous, qui sommes rassemblés ce soir, avons une autre vision de l’identité. Nous sommes tous semblables car nous sommes humains mais nous sommes tous différents car détenteurs d’identités multiples

Notre identité est une identité relationnelle qui voit la différence non pas comme une menace mais comme une richesse, une identité qui se construit sur la rencontre, le brassage des cultures, une identité en permanente construction, et reconstruction.

Pour faire « communauté », il faut valoriser ce qui nous est commun et non ce qui nous différencie. Ce qui ne veut pas dire refuser les appartenances socioculturelles, celles-ci sont d’ailleurs de plus en plus complexes et c’est une richesse.

Ce qui vaut pour les Auvergnats, les Bretons, les Provençaux est tout aussi acceptable pour les Algériens, les Sri-lankais, ou les Sénégalais. C’est ce que nous avons réussi au siècle dernier, avec les Espagnols, les Italiens, les Portugais, les Polonais, les arméniens. Pourquoi n’en serait- il pas de même avec les Marocains, les Maliens ou les Turcs aujourd’hui ?

Il est de notre devoir de rappeler que notre identité est marquée avant tout par la volonté de voir chacun vivre à égale dignité dans la société, quelles que soient ses origines, sa confession ou ses pratiques culturelles.

Notre identité c’est de se battre pour que l’étranger ne soit pas tenu pour responsable de tous les problèmes sociaux qui existent dans notre pays. 

Notre identité, c’est de contribuer à ce que de nouvelles générations s’engagent pour faire avancer une société du bien vivre ensemble.

Notre identité c’est de se battre contre toutes les idéologies haineuses et négatives qui remettent en cause le vivre ensemble.

C’est notre rôle de rappeler que nous défendons ces valeurs républicaines pour permettre à chacun de s’épanouir dans une société métissée, fraternelle, égalitaire, tournée vers le monde.

Il est de notre devoir de rappeler que notre identité est marquée avant tout par la volonté de voir chacun vivre à égale dignité dans la société, quelles que soient ses origines, sa confession ou ses pratiques culturelles.

Notre identité c’est défendre la démocratie comme une source d’émancipation, c’est la rendre crédible en faisant que ses valeurs soient vécues par tous et partout dans le quotidien, c’est lutter sans relâche contre les replis identitaires.

Notre identité c’est 1789, la Commune de Paris, les grandes grèves de 1936 comme celles de 1968.

Des étrangers ont contribué à construire l’identité de la France, ils étaient tirailleurs algériens et sénégalais dans les tranchées en 1914, ils étaient juifs, arméniens ou républicains espagnols et se sont engagés dans la résistance contre l’occupant nazi, Manouchian est resté dans les mémoires.

Les identitaires ne se rappellent pas que le président du sénat de 1958 à 1968 était noir, il s’appelait Gaston Monnerville, ils ne se rappellent pas que les musulmans ont caché des juifs dans la mosquée de Paris pendant l’occupation allemande.

Notre identité, c’est ce projet de fraternité et d’égalité, c’est cette conception d’une France fière d’être diverse et plurielle. »

Publicités

A propos André Déchot

Ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et ex-membre du groupe de travail « extrêmes droites » de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de son comité central et de son bureau national, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
Cet article, publié dans focus, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s