Black exit to 68 ?

« Black exit to 68 », c’est le titre d’un recueil de nouvelles d’auteurs de roman noir, publiées en 1988, pour les 20 ans de mai 1968.

Ce titre qui m’est revenu en tête, pour ce billet, après avoir hésité. Le risque était grand d’un titre clair sur le fond, mais chiant sur la forme. Un truc du genre : « reconfiguration idéologique autour de mai 68: la révision se poursuit « . Là, franchement, ça me parait plus funky. Bref.

L’idée était de revenir sur le fort intéressant « contre-point » de Guillaume Tabard paru dans le Figaro de ce matin (le lien étant réservé aux abonnés, je ne peux vous le communiquer pour l’instant).

Cet article, donc, « La Manif pour tous, Mai 68 de la droite ? », s’appuie sur l’hypothèse suivante : « Le mouvement suscité autour du Collectif la Manif pour tous est aujourd’hui aux partis de droite ce que Mai 68 fut aux partis de gauche. » L’hypothèse posée, Guillaume Tabard développe : « sur le moment, les partis traditionnels de la gauche (socialiste et communiste) n’avaient ni compris ni conduit Mai 68. Mais c’est pourtant ce printemps qui leur a fourni à la fois les cadres et les idées qui ont préparé les conquêtes électorales et la domination culturelle de la décennie suivante. » et souligne que « cette fois, il y a concordance entre la mobilisation idéologique des uns et le combat politique des autres au Parlement. »

L’article se conclut sur « Mais la question de l’après-vote est d’ores et déjà sur la table. Contrairement aux accusations de la gauche, les jeunes militants anti-loi Taubira n’anticipent pas un rapprochement entre la droite et l’extrême droite. Ils viennent d’un engagement spirituel plus que politique. C’est la « génération JMJ » pas la « génération UNI » qui est aux manettes. Nuls ne sait s’ils seront les cadres UMP de demain ou s’ils génèreront de nouvelles structures […]. Dans tous les cas, la droite devra compter avec eux. »

Selon moi, la phrase charnière est « ce printemps qui leur a fourni à la fois les cadres et les idées qui ont préparé les conquêtes électorales et la domination culturelle » jusqu’à la contre-révolution conservatrice des années 1980 faudrait-il rajouter.

De toute évidence, cette réflexion s’inscrit bien, dans un logique « buissonnienne », sur les moyens de la réactivation de l’imaginaire contestataire droitier pour la (re)conquête du pouvoir présidentiel en 2017 et la façon de préserver ce pouvoir acquis.

Mais, au-delà, du débat sur le hold-up idéologique qu’opèrent les droites radicalisées et extrêmes sur Mai 68 (l’usage des techniques de communication empruntant aux gauches alternatives des slogans genre “On lâche rien”) et les moyens de l’endiguer, je voulais surtout renvoyer à – petit détail, 3 fois rien – sur la façon dont les intellectuels de droite réécrivent l’histoire. Le Mai 68 des droites se focalisent le plus souvent sur les mobilisations étudiantes (pour souligner, de surcroit, leur « individualisme hédoniste » ce qui est tout de même très loin de résumer le propos). Et rien ou presque sur le Mai 68 du monde du travail. Logique d’ailleurs, car comme disait K. Marx et F. Engels, « les idées de la classe dominante sont les idées dominantes. » (pour approfondir, voir le classique L’idéologie allemande).

C’est pourquoi, je me suis dit qu’il était intéressant de contribuer à ce que les lecteurs et lectrices de ce modeste blog envisagent les choses « vues d’en bas » concernant le meilleur des grèves ouvrières de mai-juin 1968 et ses conséquences.

Je vais pas faire une biblio complète, ce serait trop long. Je conseille néanmoins un ouvrage conséquent auquel mon co-auteur Jean-Paul Gautier a contribué La France des années 1968. Ou encore, même si l’on a un peu peur de se coltiner la lecture (que je conseille pourtant) du passionnant Contrôle ouvrier, conseils ouvrier, autogestion du marxiste-révolutionnaire (c’est ceux qui ont un couteau entre les dents et qui mangent les enfants, c’est ça?) belge Ernest Mandel, on peut se reporter au film LIP, l’imagination au pouvoir ou à tout ouvrage, film, documentaire (selon son tropisme) qui permettent de ne pas perdre la mémoire et de contribuer à Penser l’émancipation pour qu’un imaginaire nouveau émerge à gauche (spéciale dédicace à Gaël Brustier, mais pas que), authentiquement social (allez, soyons fou, pourquoi pas « socialiste » – pas le parti, le projet de société ! -), égalitaire et démocratique.

Mais faudrait pas trop lambiner. Car dans la période, ça urge!

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A propos André Déchot

Journaliste, ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et aujourd'hui, membre du groupe de travail « extrême droite » de la LDH, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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