« Loi travail », le Front national ose tout…

Chronique n°2 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès social du 19 mars 2016.LPS9

Depuis les régionales de 2015, Marine Le pen fait le choix d’une diète médiatique. Pour autant, le Front national n’est pas muet. Au-delà de la candidature rendue officielle de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017, le parti d’extrême droite critique les contre-réformes gouvernementales.

Tandis que l’effervescence sociale prend de l’ampleur contre l’avant-projet de loi El Khomri, la présidente du Front national n’hésite pas à parler d’un projet de « régression économique et sociale » (communiqué du 9 mars 2016). Dans ce même communiqué, elle dénonce le manque de cohérence de certains opposants à cet avant-projet « qui ont toujours validé l’Union européenne, ont voté l’ensemble de ses traités et n’ont jamais émis la moindre critique contre elle » et d’ajouter que « la croissance, l’activité économique et le progrès social ne viendront pas de Bruxelles mais d’un sursaut patriotique des peuples. »

Dés février 2015, le parti d’extrême droite s’oppose « aux projets de réforme envisagés par le gouvernement et soutenu par l’UMP » en précisant que ledit gouvernement « s’apprête à lancer une nouvelle étape de sa politique d’austérité et de déréglementaiton généralisée exigée par l’Union européenne [contre] l’ensemble du droit du travail que le gouvernement entend libéraliser ».

L’affirmation du « souverainisme intégral » (élaboration d’une offre politique identitaire de protection des « nationaux ») nécessite de s’attirer, simultanément, la grâce des salariés et des chefs d’entreprise (prioritairement ceux des TPE/PME qu’il s’agit de mobiliser contre l’orientation du patronat néo-libéral et transnational) et de brandir le danger du « renforcement des dérives communautaristes au sein des entreprises » (communiqué du 19 février 2016) afin de faire prendre sa « mayonnaise idéologique ».

Ainsi, quelques mois après une campagne pour les élections régionales de 2015 qui faisaient la part belle au développement du collectif Audace des « jeunes actifs patriotes » (crée en octobre 2014) ; aux modestes réseaux patronaux du cercle Cardinal (crée en octobre 2014) et – depuis février 2016 – au collectif Croissance Bleu Marine, le Front national n’hésite pas à actionner d’autres leviers.

Cela, par ailleurs, quelques semaines après le séminaire d’Étiolles (Essonne) qui se tient début février 2016. Un séminaire où s’affrontent, comme l’indique le chercheur Gilles Ivaldi, « les tenants d’un  « social-populisme » défendu par Florian Philippot, et de l’autre les partisans d’un retour aux thèses plus libérales, incarné notamment par Louis Aliot ou Robert Ménard [mais aussi Marion Maréchal Le Pen] » Les seconds considérants que la plus forte progression électoral frontiste se fera à droite et nécessite, par exemple, de pondérer le positionnement anti-euro (encore une proposition de référendum en perspective pour la candidate Le Pen) qui effraie de larges franges du patronat.

Jean-Lin Lacapelle (France 3-Ile de France, 20 février 2016), récent secrétaire national en charge des fédérations, illustre assez bien l’offensive des nationaux-libéraux. Pour lui, l’avant-projet El Khomri n’est pas si condamnable que cela : « Sur la durée du travail, nous sommes pour un assouplissement et des accords de branche et des accords d’entreprise de manière à ce que les petits entrepreneurs puissent avoir cette flexibilité nécessaire pour réguler le travail par rapport à leur carnet de commandes ». Il précise « Nous soutenons ce principe mais nous pensons que c’est très mal articulé dans le projet de loi. » Un désaccord sur la forme plus que sur le fond, en somme.

André Déchot,
a.dechot@leprogressocial.fr

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A propos André Déchot

Journaliste, ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et aujourd'hui, membre du groupe de travail « extrême droite » de la LDH, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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