Bruno Mégret rêve de 2017

Chronique n°4 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 2 avril 2016.

lps02042016

Après huit années de silence, Bruno Mégret est de retour. L’ex-numéro 2 du Front national (FN) jusqu’en 1998 et président du Mouvement national républicain (MNR) jusqu’en 2008. Dés lors, selon wikipedia, il travaille deux ans en Australie au service du groupe Bouygues puis devient chargé de mission au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD).

L’ex-candidat aux présidentielles de 2002 et 2007 présente son ouvrage, le dixième, intitulé Le Temps du Phénix (aux éditions Cité Liberté domiciliées au siège du MNR en Seine-Saint-Denis) sur le plateau de la télévision numérique nationaliste TVlibertés, le 16 mars dernier.

Interrogé par Martial Bild (national-catholique, opposant à Marine Le Pen et aujoud’hui hors du FN, il contribua à l’exclusion de Bruno Mégret et de ses partisans en 1998), le polytechnicien présente son roman d’anticipation. Ce roman met en scène un « président patriote » élu en 2017.

Selon B. Mégret, ce président « serait susceptible de redresser le pays en cinq ans » sur la base d’un programme pour le moins musclé. Il s’agit d’aller vite, de profiter de l’état de grâce, de prendre des décisions par décrets ou ordonnances. Conscient que les réactions populaires ne se feraient pas attendre et au-delà des manifestations et des grèves prévisibles, le « président patriote », en réponse à d’hypothétiques émeutes des banlieues ou aux réactions des « minorités » instaure « dans les sept jours » l’état de siège et transfère, comme la Constitution le permet, l’autorité de l’État aux militaires. Des tribunaux spéciaux (les tribunaux classiques ne sont pas assez fermes selon l’auteur) sont mis en place afin de juger les émeutiers qui sont systématiquement arrétés puis relégués dans « des camps… euh, des centres de rétention [le lapsus est d’origine] ».

Sur le plan économique, ce « président patriote » supprime les 35 heures, baisse les charges des entreprises, fusionnse les CDD et les CDI (même Martial Bild critique les « vieilles marmites du libéralisme ») car il faut « détruire l’étatisme et le fiscalisme et dans le même temps une régulation aux frontières de l’Europe ».

Concernant l’Union européenne, le choix est d’y rester ainsi que dans la zone euro. Mais il s’agit d’emprunter une autre voie que celles des politiques actuelles, de « refonder l’Union » afin d’en faire un « pôle de puissance pour défendre l’identité, la prospérité et l’indépendance des nations européennes. » dans un cadre d’analyse qui est celui de la multipolarité du Choc des civilisations. En guise de politique étrangère, une « alliance militaire européenne se substituerait à l’OTAN » est constituée. B. Mégret jugeant qu’ « il n’est pas anormal que le monde musulman cherche à s’ériger en puissance politique » (différentialisme oblige), il fait assez peu de cas que cela soit sous hégémonie fondamentaliste. Le haut fonctionnaire privilégie plutôt « d’éradiquer l’islamisation sur notre sol ».

Le « président patriote » veut, évidemment « tarir les flux migratoires » Il ambitionne également de réduire l’influence des médias (France 2 devient la chaine gouvernementale « la voix de la France ») et de grignoter le pouvoir du Conseil constitutionnel qui sont autant de contre-pouvoirs aux mains du « politiquement correct ».

Bien qu’il s’en défende, « Naboléon » (c’est le surnom que lui donnaient ses opposants) vise à influencer la présidentielle de 2017 par un « livre-programme » qu’il enverra aux responsables du FN ainsi qu’aux candidats de la primaire à droite et aux dirigeants de « la droite de conviction ». Certains candidats se laisseront-ils tenter par l’« ethnolibéralisme » (lire Les droites extrêmes en Europe de Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg) de B. Mégret comme alternative à l’ordolibéralisme ? A suivre…

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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A propos André Déchot

Journaliste, ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et aujourd'hui, membre du groupe de travail « extrême droite » de la LDH, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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