Les jeunes nationalistes et la « loi travail »

Chronique n°5 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 9 avril 2016.

lps09042016

Plus à l’aise lorsqu’il s’agit de « lutte des places » ou de « lutte des races » (de nos jours, dans sa version ethnoculturelle), les extrêmes droites sont en général en difficulté lorsque la question sociale est au coeur du débat public. Le mouvement d’opposition à la contreréforme El Khomri ne déroge pas à la règle. Trois stratégies sont observables.

Laisser passer l’orage social
Nous avions déjà abordé les contradictions du Front national dans une précédente tribune (Jours heureux n°2, 19 mars 2016). Les communiqués et déclarations des dirigeants nationaux du FN ou les pétitions locales que font signer les militants FN à Bourges et du Front national de la jeunesse (FNJ) dans le Cher n’y changent pas grand chose. Sur le terrain, le FN est à côté de la plaque. Il préfère attendre que l’orage passe puis surfer sur le ressentiment créé par une défaite du mouvement.
Dans l’extrême droite radicale, il y a ceux qui privilégient l’exploitation des attentats de Bruxelles (Jeune Nation, Génération Identitaire). Il y a ceux qui ne supportent pas – y compris en s’attaquant physiquement au cortège (Groupe Union Défense, Lyon, 31 mars) – que les manifestations s’approchent trop près de « leur territoire » (représailles annoncées après la dégradation de la librairie Terres Celtiques, Grenoble, 31 mars). Ceux-là aimeraient sans doute pouvoir s’attaquer plus violemment au mouvement avec l’assurance d’une sorte d’impunité comme les FTP (Fédération des étudiants contre le travail perturbé, un label qui regroupait des membres du FNJ, des Jeunesses identitaires, du RED et du Renouveau français), à Paris, en mars 2006, contre les opposants au contrat première embauche (CPE). Et puis, il y a ceux qui s’intéressent au mouvement soit pour le dénigrer soit pour tenter de le parasiter.

Mépriser la racaille gauchiste
Dans le premier cas de figure, nous avons TV Libertés (voir Jours heureux n°4, 2 avril 2016) présente, le 31 mars, place de la République à Paris qui diabolise la Nuit Debout « savamment encadrée par l’extrême gauche anarchiste, vieux soixante-huitards, jeunes bourgeois qui veulent se faire peur, militants écologistes et anarchistes. » Des rassemblements qui, selon TVL, font en sorte de « ne jamais oublier les fondamentaux marxistes. » Toujours selon TVL, le mouvement profite du maintien de la « loi travail » ainsi que des violences policières. Selon le média nationaliste, les organisateurs de Nuit Debout donnent même la parole à des associations de réfugiés et conclut, sans peur du ridicule, que « sur ce point, les manifestants devraient pouvoir s’entendre avec le gouvernement et le grand patronat. »

Taper l’incruste
Pour ce qui concerne les parasites, il y a : a) Les doctrinaires du journal toulousain Rébellion de l’Organisation socialiste révolutionnaire européen (OSRE) qui titre son récent numéro 74 (février-mars 2016) : « Mort du droit du travail : le patronnat [la coquille est d’origine] en rêve, la gauche va le faire ! » Ce journal – en lien avec le Mouvement d’action sociale (MAS), la web radio Méridien Zéro et la revue éléments (voir Jours heureux n°3, 26 mars 2016) –, autour duquel de rares cercles gravitent, propose son kit militant téléchargeable et prêt à l’emploi dont le tract « ni amendable, ni négociable, retrait du projet de loi El Khomri » ; b) Les auto-proclamés « dissidents », produits dérivés de la mouvance Dieudonné-Soral à la fois conspirationnistes, confusionnistes et « putschistes » d’opérette ont été identifiés lors des manifestations ou à la Nuit Debout. Concernant ces « antisystème », la lecture du très bon article en ligne « Extrême droite et confusionnistes face au mouvement contre la loi travail » de La Horde sur les « guignols du mouvement du 14 juillet » est vivement conseillée.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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A propos André Déchot

Ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et ex-membre du groupe de travail « extrêmes droites » de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de son comité central et de son bureau national, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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