De Défense de l’Occident à Conflits

Chronique n°6 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 23 avril 2016

lps23042016

Défense de l’Occident, une revue néo-fasciste, a été créée en 1952 par Maurice Bardèche et cessa de paraître en 1982. Parmi les animateurs de la revue figurait Pascal Gauchon. On retrouve ce dernier, en 2014, comme rédacteur en chef de la revue Conflits.

L’ex-rédacteur en chef de Défense de l’Occident, Pascal Gauchon était également un activiste de l’organisation radicale Ordre nouveau, dissoute en 1973. Ne rompant qu’ultérieurement avec l’action politique, P. Gauchon sera secrétaire général de l’organisation d’extrême droite concurrente du Front national : le Parti des forces nouvelles (PFN) jusqu’au début des années 1980.

Le combat idéologique
C’est au début des « années Mitterrand » que Pascal Gauchon renonce à la politique dans sa forme partidaire. Il privilégie le combat idéologique et se consacre à une carrière universitaire : il enseigne l’histoire, la géographie, la géopolitique et dirige même un institut privé spécialisé dans les classes préparatoires aux grandes écoles commerciales. D’autre part, il devient responsable de la collection « Major » aux Presses universitaire de France (PUF) en 1992.
En mars 2014, il crée la revue trimestrielle de géopolitique « grand public » Conflits. Revue qui, comme éléments, se fait une bonne place en kiosque. Il est vrai que depuis la chute du mur de Berlin, la multipolarité dans les relations internationales s’est imposée, ouvrant un nouveau marché à destination de celles et ceux qui veulent comprendre le monde contemporain. Les revues traitant de diplomatieou de géopolitique fleurissent.
Avec Conflits, Pascal Gauchon s’engouffre dans la brèche. Il mobilise un réseau d’universitaires et d’experts – notamment son ancien collègue de Défense de l’Occident, Xavier Raufer, devenu consultant multimédia lorsqu’il s’agit de traiter de criminalité, de terrorisme ou d’insécurité urbaine –, la plupart pouvant se reconnaître dans la démarche visant à produire une pensée « au service du rayonnement et de la puissance des États et d’idéologies souverainistes et nationalistes. », comme le soulignent Anne-Laure Amilhat Szary et Sarah Mekdjian (enseignantes- chercheuses en géographie sociale et politique à l’Université Grenoble Alpes).

Préférence civilisationnelle
Dès le premier numéro, P. Gauchon brouille les cartes en s’entretenant avec Yves Lacoste que l’on ne peut suspecter de sympathie pour ses idées. Le géographe reconnu, ancien membre du Parti communiste français, prit une part active dans le soutien aux luttes anticoloniale. Il créa la revue, toujours de référence, Hérodote en 1968 et fût l’auteur de La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre – ouvrage édité en 1976 aux éditions François Maspero, réédité en 2012 par les éditions La Découverte.
Au-delà du « coup éditorial » du 1er numéro, Conflits sait vendre. Maquette accrocheuse, les numéros sont bien ficelés et les dossiers percutants. Ainsi, du 1er numéro sur « L’Eurasie. Le grand dessein de Poutine », au 1er hors-série (hiver 2014) titrant « nous sommes en guerre économique », en passant par le numéro cinq intitulé « À quoi servent les frontières » ou le récent n°9 consacré à « La guerre civile », la revue propose une lecture de « préférence civilisationnelle » du monde.
Face aux travaux, proposés par l’équipe de Conflits, présentés comme neutres ; A.-L. Amilhat Szary et S. Mekdjian, dans une remarquable tribune intitulée « Pour une géopolitique critique des frontières » (Mediapart, le 1er avril 2015) écrivent : « Il y a urgence politique à sortir d’une approche nationaliste de l’État et des frontières, pour refonder l’imaginaire politique de notions au fondement de la géostratégie et de la géopolitique. » Espérons que cette tribune créera des vocations.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

Publicités

A propos André Déchot

Journaliste, ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et aujourd'hui, membre du groupe de travail « extrême droite » de la LDH, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
Cet article, publié dans dans mes cartons, est tagué , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s