Prendre conscience

Chronique n°7 parue dans le supplément « Les Jours heureux » du Progrès Social du 30 avril 2016.

lps30042016

Le 27 avril 2016, le Parlement autrichien adopte un projet de loi qui restreint drastiquement le droit d’asile. Ce vote survient trois jours après le 1er tour de la présidentielle. Il est symptomatique de l’influence grandissante des nouvelles droites radicales en Autriche… comme dans d’autres pays d’Europe.

Dimanche 24 avril, parmi les 60 % d’Autrichiens qui se sont rendus aux urnes, les trois quarts n’ont voté ni pour le SPÖ (social- démocrate) ni pour le candidat conservateur de l’ÖVP qui se répartissent le pouvoir depuis la Seconde guerre mondiale.
Comme le souligne Mediapart (26 avril 2016), « à défaut de profiter aux gauches alternatives ou à de nouveaux venus en politique […] [la] reconfiguration de l’espace politique autrichien profite essentiellement… à l’extrême droite. » Le média en ligne précise « [le FPÖ] est également en tête de pratiquement toutes les catégories de population, que l’on classe par sexe, par tranche d’âge ou par activité » sauf chez les étudiants et bacheliers.

Les partis traditionnels dévissent
Norbert Hofer, candidat du Parti libéral autrichien FPÖ (parti nationaliste, membre – avec le Front national – du groupe L’Europe des nations et des libertés au Parlement européen), arrive en tête avec 36,4 % des voix. Suivi, loin derrière, par l’ex-porte-parole des Verts, Alexander Van der Bellen, qui obtient 20,38 % des voix et par l’ancienne présidente de la commission d’enquête parlementaire sur le scandale de corruption impliquant la banque Hypo Group Alpe Adria, Imgard Griss (indépendante), qui réalise 18,52 % des suffrages. Les Autrichiens devront choisir, le 22 mai prochain, entre le candidat d’extrême droite et celui des Verts. Certes, le régime semi-présidentiel autrichien n’est pas comparable au régime français hyper-présidentialisé, mais le signal enthousiasme Marine Le Pen qui, dès dimanche soir, twitte : « Mes plus sincères félicitations à nos amis du FPÖ pour ce résultat magnifique. Bravo au peuple autrichien ! »

Le scrutin et au-delà
Le score réalisé par le candidat du FPÖ n’est pas réductible aux « qualités de Norbert Hofer » comme le déclare le dirigeant du parti, Heinz-Christian Strache.
Pour autant, il n’est pas anodin que ce « bon père de famille » – comme le représente le site nationaliste de Lionel Baland – réside dans le sud du Burgenland.
En effet, c’est dans ce Land (frontalier de la Hongrie) qu’au printemps 2015 s’est nouée une alliance « rouge-bleue » locale entre le parti social-démocrate et le FPÖ qui, selon Gaël Brustier, membre de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) de la Fondation Jean Jaurès : « marque l’inexorable montée de l’extrême droite européenne et confirme la crise que subit sa social-démocratie » (Slate, 11/06/2015).
Au-delà du profil et de la personnalité du candidat, c’est bien la stratégie du FPÖ qui semble porter ses fruits. Comme nous l’indique Gaël Brustier, contacté mercredi 27 avril, le FPÖ a opéré « un détournement de l’élection pour exprimer la ‘‘peur-panique’’ de la société autrichienne face à la crise des réfugiés. » Comme les autres « nouvelles droites radicales », il formule des réponses politiques autarciques, excluantes, clivantes et ségrégatives « au sentiment de menace que représentent l’entrée dans la globalisation et le système institutionnel de l’Union européenne » portés par les partis traditionnels convertis ou ayant renoncé à s’opposer au rouleau-compresseur néolibéral.
La fuite en avant, sous pression de l’extrême droite, qu’opère la représentation autrichienne lorsqu’elle instaure « un état d’urgence migratoire », est symptomatique des dynamiques à l’oeuvre au niveau continental. Si des contre-offensives qui « rallument tous les soleils » ne se dessinent pas d’urgence, les faits pourraient bien donner raison au site libéral-conservateur Atlantico, lorsqu’il évoque le scrutin autrichien comme « l’avant-première d’une pièce qui pourrait se jouer en France en 2017. » Rien n’est écrit.

André Déchot
a.dechot@leprogressocial.fr

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A propos André Déchot

Ancien animateur de la commission Europe du réseau antifasciste Ras l'front et ex-membre du groupe de travail « extrêmes droites » de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), de son comité central et de son bureau national, j'ai également commis avec mes partenaires Jean-Paul Gautier et Michel Briganti l'ouvrage « La galaxie Dieudonné - Pour en finir avec les impostures » édité aux éditions Syllepse en 2011.
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