20e Université d’automne de la LDH à Paris. Inscrivez-vous !

29 et 30 novembre 2014

Espace Reuilly (21 rue Hénard, 75012 Paris  – m° Montgallet ou Dugommier)

« ECONOMIE ET SOCIÉTÉ : FRAGMENTATIONS OU REFONDATIONS ? 

Avec la persistance de la stagnation de l’activité, d’un chômage massif et de déséquilibres macroéconomiques structurels, le poids de l’économie sur la société est plus lourd que jamais. La crise est aussi sociale, environnementale et politique.

Elle accentue les inégalités et, plus structurellement, remet en cause l’organisation d’ensemble de la société, elle la fragmente. Pour apprécier ces tendances et leurs enjeux, trois approches seront privilégiées :

  • l’appréciation de la domination économique et sociale, des mécanismes de mise en concurrence et d’exclusion qu’elle met en place ;

  • la confrontation du modèle républicain d’égalité avec les discriminations anciennes et nouvelles qui se développent aujourd’hui ;

  • la prise de conscience des limites de ressources de la planète et, simultanément, de l’appartenance de notre pays à un ensemble international plus interdépendant.

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Multiplication de ripostes dans un climat de « révolution conservatrice »

Une enquête de Médiapart, réalisée le 6 octobre 2014 par Marine Turchi, sur ceux et celles qui poursuivent, reprennent ou s’impliquent depuis peu dans la bataille contre les idées de l’extrême droite et les organisations qui les portent :

Les anti-FN se réorganisent mais sans stratégie commune

La conquête par l’extrême droite de 14 villes a réveillé les anti-FN. Six mois plus tard vient l’heure des questionnements sur leurs moyens d’action. Quelle stratégie adopter quand l’indignation morale ne suffit plus?

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De Dieudonné à la résurgence de l’extrême droite

Ci-dessous, un article réalisé pour la Lettre d’information de la LDH mise en ligne le 10 février 2014:

La récente « affaire Dieudonné » débute par la diffusion, le 19 décembre 2013, sur France 2, de l’émission « Complément d’enquête ». Durant ce reportage, les spectateurs prennent connaissance des propos antisémites tenus par Dieudonné à l’encontre du journaliste de France Inter, Patrick Cohen, durant son spectacle « Le mur ». Radio France décide de saisir la justice.En réponse aux provocations de « l’humoriste », le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, se saisit du dossier. Le bras de fer entre le mystificateur Dieudonné et le ministre de l’Intérieur mène à des débats contradictoires sur la façon de combattre le plus efficacement les « idées » que le propagandiste diffuse. Le 6 janvier 2014, la LDH rappelle les positions qui sont les siennes1 et rompt ainsi une certaine forme d’unanimisme.

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Les Balles du 14 juillet 1953

Affiche 40X60Le 14 juillet 1953, un drame terrible s’est déroulé en plein Paris. Au moment de la dislocation d’une manifestation en l’honneur de la Révolution Française, la police parisienne a chargé un cortège de manifestants algériens. Sept personnes (6 algériens et un français) ont été tuées et une centaine de manifestants ont été blessés ont plus de quarante par balles. Un vrai carnage. -> pour lire la suite

Après Harcelé à perdre la raison (2012), voici le nouveau documentaire réalisé par Daniel Kupferstein. Il sera diffusé en avant-première, le 8 juillet à Paris, pour en savoir plus, cliquer ici.

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De l’art d’instrumentaliser les colères : l’exemple Dieudonné

Voici une petite contribution que j’ai produit pour le n°10 de la revue de l’Institut de recherche de la FSU, Regards croisés. Pour en savoir plus sur le dossier complet de ce numéro, cliquez ici.

arton1362Dans La galaxie Dieudonné, André Déchot, Michel Briganti et Jean-Paul Gautier tentaient de rendre intelligible la stratégie de convergence que le propagandiste Dieudonné M’Bala M’Bala cristallise depuis une décennie et de décrypter les ressorts de l’alliance de circonstance qui se nouait autour de la « Liste antisioniste ». Au-delà, il voulait éclairer la façon dont un « nouveau visage » néo-nationaliste cherchait à s’adresser et à gagner une audience accrue auprès d’un public jeune et populaire, en manque de repères politiques. André Déchot revient ici sur la façon dont la colère et la désobéissance ont été instrumentalisées ces derniers mois.

L’expérience « Liste antisioniste » a vécu, mais elle n’en reste pas moins l’acte fondateur de convergences prétendument « anti-système », mais en réalité anti-modernité, dont l’objectif est de recomposer le paysage idéologique.

Ainsi, indépendamment des origines, de la nationalité, de la couleur de peau, des croyances, il s’agit de créer les conditions d’une hégémonie idéologique puis politique visant à faire « péter le Système » par tous les moyens possibles, en imposant, dans les esprits, une idéologie « révolutionnaire-conservatrice ».

Mais pour y parvenir, il est indispensable de passer par la démonstration de l’iniquité du pouvoir en place et par la contestation des institutions, dont l’institution scolaire.


Les leviers de l’imposture sont dans l’air du temps

Lorsque Jean-Paul Gautier, Michel Briganti et moi-même pointions les trois leviers de l’imposture Dieudonné (glissement de la question noire et de la traite négrière à celle du « juif négrier » ; conspiration et complots comme grille d’explication de la marche du monde ; antisionisme dissimulant mal un antisémitisme amalgamant celui d’extrême droite et d’ultra-gauche), nous sous-estimions sans doute l’ampleur qu’ils prendraient dans les esprits marqués par le 11 septembre, le désaveu du vote contre le TCE en 2005 et les contradictions ouvertes par la crise financière de 2008.

Le constat s’impose à nous : la moitié des français croient aux théories du complot.

De plus, lorsque l’on découvre que dans certains établissements scolaires, des lycéens évoquent les Illuminati qu’ils décrivent comme « une sorte de secte composée en majorité de personnalités qui ont signé un pacte avec le diable. » et qui « veulent diriger le monde », la sidération nous saisit. Le terrain est propice à la parole du locataire du théâtre de la Main d’Or. Les diatribes de Dieudonné, bien qu’apparemment marginales, savent se frayer un chemin en combinant usage des nouvelles technologies et pratique du rire et de la provocation comme « arme politique ».


L’institution scolaire confrontée au « gramscisme technologique »

La chose est entendue, l’usage d’Internet s’est imposée au sein des foyers français. L’émergence des réseaux sociaux et l’arrivée des smartphones ont amplifié la tendance. Si les parents sont parfois dépassés, la socialisation des jeunes générations intègre, pour le meilleur et le pire, les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Dieudonné depuis le début de sa carrière solo a toujours créé les conditions de son indépendance artistique et financière (sociétés de production, locaux…) et il a bien compris le potentiel du « web 2.0 ».

Initialement créés pour des raisons professionnelles, les supports de la « Dieudosphère » (sites Internet, blogs, espaces de partage de contenus, comptes facebook…) se sont multipliés et ont progressivement grossi les rangs de la « fachosphère ».

En cela, comme le Bloc identitaire, l’association soralienne Egalité & Réconciliation et bien d’autres, Dieudonné inscrit sa démarche en parfaite synergie avec les « Douze thèses pour un gramscisme technologique » exposées par Jean-Yves Le Gallou sur la toile dès 2008.

Cette réflexion sur les « différents moyens que les nouvelles technologies peuvent offrir dans la lutte contre l’idéologie dominante » mériterait qu’on s’y arrête plus longuement. Mais pour cet article, je n’évoquerai que deux de ces thèses. Tandis que la thèse 4 précise que « le monopole de la presse est ainsi brisé » et qu’« Internet permet l’extension de la parole privée qui, par nature est plus libre que la parole publique » (incitation à la parole décomplexée) et incite à « une propagation virale des messages », la thèse 6 souligne qu’ « Internet est un moyen de s’affranchir de la tyrannie médiatique et de construire sa réflexion et/ou son action de manière indépendante ». Ce dernier aspect semble devoir retenir notre attention.En effet, pour les courants de pensée anti-égalitaire et anti Mai 68, l’usage d’Internet est un moyen de contester la tyrannie médiatique et les élites politiques. Il est également utilisé comme un puissant levier de la contestation de l’institution scolaire « droit-de-l’hommiste », permissive et subversive.

Mais le média ne fait pas tout. La forme du discours a son importance.


Le rire et la provocation : une redoutable arme politique

Dans l’introduction du petit ouvrage « Désobéir par le rire », nous pouvons lire : « Le rire est l’un des outils privilégiés de la lutte pour le bien commun, pour ceux qui n’ont parfois que la force de la vérité pour vaincre l’oppression. », reprenant en cela les théories de l’américain Saul Alinsky (1909-1972) sur l’action directe non violente : « Pour un tacticien, l’humour est un élément essentiel du succès car les armes les plus puissantes du monde sont la satire et le ridicule. »

De ce point de vue, on ne peut que constater l’importante audience des spectacles de Dieudonné M’bala M’Bala, dont le public est populaire, contestataire, « black-blanc-beur », et ne peut être réduit à des regroupements d’adorateurs de Mussolini ou diabolisé version « les heures sombres de l’Histoire ».

Ce public, victime de la crise, veut « se marrer » et, le plus souvent, par manque de repères politiques, idéologiques ou historiques, ne voit pas ou se refuse à voir la grille de lecture « à la croisée des antisémitismes » de ses spectacles, sans compter un conservatisme de plus en plus marqué concernant les questions de société. Ils veulent de la provoc’ (que ce soit sur scène ou sous forme de bande dessinée) et ils en maîtrisent les codes. Dieudonné, lui, joue avec les frontières légales de ce qu’il prétend être la liberté d’expression.

Tout cela illustre parfaitement ce que disait l’idéologue Alain Soral, en 2010, lorsqu’il évoquait la nécessaire articulation entre critique du mondialisme et insoumission à l’idéologie sur laquelle ce dernier s’appuie, le « catéchisme des droits de l’Homme », par l’usage du politiquement incorrect. Alain Soral, dans cette même conférence, fera ainsi référence « aux délicieux et utiles dérapages » (point de détail, Durafour crématoire…) du président-fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen.


Au début était la quenelle : politiquement incorrect, contre-culture et business plan

Qu’est ce que « la quenelle » dont tout le monde parle? Certains fans de Dieudonné jouent sur la polysémie et cherchent à banaliser le geste en le resituant dans le contexte d’un spectacle de 2005. Pourtant, il a pris son sens réel avec la « Liste antisioniste ».

Loin d’être anodin sans pour autant être un « salut nazi inversé », ce signe est euphémisé comme un bras d’honneur au pouvoir en place. Mais pour le polémiste Dieudonné, c’est avant tout « une quenelle glissée au fond du fion du sionisme ».

Ce signe s’est imposé comme signe de reconnaissance « communautaire » des pros-Dieudonné, que ce soit dans sa frange d’extrême droite (Soral devant le Mémorial de la Shoah à Berlin, Joe Le Corbeau à Oradour-sur-Glane…) ou dans sa frange contestataire qui se reconnait parfois dans les critiques de la gauche radicale.

Le phénomène est complexe. Il renvoie à la contestation de l’autorité, qu’elle soit scolaire (pour les lycéens) ou liée à l’exercice du pouvoir politique (militaires, salariés, syndicalistes). Concernant les lycéens et sauf cas de récidives explicites, il s’agit sans doute de faire preuve de pédagogie plutôt que de sanctions disciplinaires qui risqueraient de renforcer un sentiment victimaire et la dimension subversive des postures dieudonniennes. Concernant la société civile, le reflux des colères passe par l’amélioration des conditions de vie et l’extension des droits politiques, sociaux et culturels.

A ce signe ostensible se sont ajoutés de nombreux gimmicks qui renvoient à la production sur Internet ou aux spectacles de Dieudonné. Tous ces signes sont autant d’éléments de « contre-culture », prétendant faire sauter les « tabous ». Il s’agit cependant davantage de « subversion lucrative » qu’autre chose. Le nouveau « dress code » de la rébellion est à portée de porte-monnaie : tee-shirts « quenelle », bonnets « au-dessus, c’est le soleil », tongs ananas (en référence à la chanson Shoahnanas), DVD « collectors », lunettes de fans « Liberté, égalité, Dieudonné »… Une PME porteuse d’un projet nationaliste de nouvelle génération.


Des « Manifs pour tous » aux JRE, en passant par « Le mur »

Depuis l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République, les opposants à l’égalité des droits n’ont eu de cesse d’organiser la « désobéissance civile ».

En 2013, la mobilisation la plus retentissante est celle qui s’appuya sur les « paniques morales » (et l’homophobie décomplexée de certaines organisations ou mouvances) : l’opposition au mariage homosexuel en tant que remise en cause de la famille traditionnelle et de la filiation.

Fin janvier 2014, les secteurs les plus radicaux tentent de « coaguler les colères », y compris sociales.

Le premier « Jour de colère », auquel Dieudonné appela à se rendre, fut une défaite politique dans la mesure où « il est apparu pour ce qu’il a toujours été : un défilé bric-à-brac d’extrême droite radicale et non le soi-disant mouvement citoyen apolitique et indépendant qu’il prétendait incarner. ». Il n’en restait pas moins une initiative marquant la résurgence d’un antisémitisme radical qui voyait converger intégristes musulmans et catholiques, groupuscules d’activistes violents, militants contre-révolutionnaires, militants anti-musulmans et membres de la galaxie Dieudonné.

Cette « multitude », qui a plusieurs fers au feu, a constaté l’efficacité et le profit politique de l’usage des « paniques morales ».

Ainsi, quasiment adossées au Jour de colère du 26 janvier 2014, sont apparues dans une centaine d’écoles, mais dans près de la moitié des académies, les premières « Journées de retrait de l’école » les 24 et 27 janvier 2014, portées par Farida Belghoul, ancienne militante pour l’égalité des droits dans les années 1980 visiblement gagnée à l’orientation « droite des valeurs » d’Egalité & Réconciliation.

Depuis des mois, Farida Belghoul et ses alliés (Béatrice Bourges du Printemps français, Christine Boutin initiatrice des listes européennes « Force vie », Albert Ali, Nabil Ennasri, Alain Escada de Civitas…) déforment et dénoncent le contenu de  l’ABCD de l’égalité qui vise à lutter, des grandes sections de maternelles au CM2, contre les stéréotypes sexués et les inégalités que ces stéréotypes peuvent générer au sein de l’école puis dans la société. Pour les JRE, tous les moyens sont bons pour attiser les peurs des familles populaires.

Il est à noter que l »autre objectif des JRE est de lancer un débat national sur la création d’un ministère de l’Instruction publique et non de l’Education nationale, car « l’école doit instruire et les parents éduquer ». Nous sommes sans doute au cœur de l’offensive. Les JRE rejoignent ici les combats que les droites radicalisées et les extrêmes droites mènent depuis des décennies contre l’école  « post Mai 68 », certains voulant restaurer l’instruction patriotique « post 1870 ».

Face à l’offensive protéiforme des composantes de la galaxie Dieudonné et plus largement des contestations droitières que l’on peut observer ces dernières années, il est utile de se reporter à l’article de Michel Tubiana dans Hommes & Libertés de 2009 : « N’acceptons pas le sophisme qui consisterait à valider une désobéissance qui n’aurait pour seul but que d’établir une nouvelle obéissance ancrée dans l’inégalité des droits. Au fond, si de manière ontologique, le non est lié à l’idée d’humanité, la légitimité de ce non dépend de son contenu comme de sa forme. » Au-delà, et parce qu’il est urgent de réenchanter le futur, mettons l’imagination au pouvoir et débattons des conditions d’une contre-offensive durable pour un avenir solidaire.

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Pour un avenir solidaire !

Ces dernières semaines, je n’avais ni l’esprit ni le temps de me pencher sur ce blog. Bien évidemment, la polarisation au Parlement européen marquée par l’offensive souveraino-nationaliste, la poussée frontiste – qui n’est pas le 1er parti de France contrairement à la fable qu’il aimerait nous conter (10.5% des inscrits) – et son étayage électoral (4,7 millions d’électeurs tout de même!) confirmés en France m’y poussent.
Ooohhh, je vous rassure, pas pour éditorialiser pendant des plombes. Je ne sais pas faire et ça gonflerait tout le monde. Je voulais juste réagir à 2-3 trucs lu dans la presse ce matin et suggérer de maintenir un cap :
– Ce qu’il y a de bien avec la presse économique, c’est que c’est froid et tranchant comme une colonne statistique. Et bien, dans Les Echos du jour, les choses sont résumées en 3 grand axes: 1/ »Séisme politique après la victoire du Front national »; 2/ « Une vote protestataire dans toute l’Union européenne; 3/ « Les agences de notation saluent les efforts de l’Europe ».
Sur ce dernier point, au coeur de l’article et selon la banque RBS, cette phrase sybiline: « Nous pensons que le résultat de l’élection pourrait créer de la volatilité dans les prochaines semaines, mais sans mettre en péril (destabiliser?) les gouvernements en place. » En résumé, jusqu’ici tout va bien. La suite lors de la réunion du 5 juin de la banque centrale européenne.
Ainsi, aucune autre politique – que celle de l’offensive contre les droits, l’égalité, les solidarités – n’est nécessaire. Les conquis sociaux doivent laisser la place.
– Et comme, convaincu de la nécessite de refonder patiemment les bases idéologiques d’un projet de transformation sociale et démocratique qui redevienne majoritaire, j’ai du mal à me résoudre au « pragmatisme » des marchés, concernant la situation française (mais c’est sans doute déclinable transversalement au niveau européen), j’ai lu avec intérêt cette petite phrase – apparemment anodine – de Jérôme Fourquet dans le Figaro : « Le parti de Marine Le Pen n’est jamais aussi fort que lorsque le débat tourne autour de lui et de ses idées ». Eh ben ouais, pas mieux.

Du coup, on fait quoi?
Sûrement pas comme beaucoup, tomber dans le piège tendu par le FN et consorts (et d’ailleurs, j’invite tous ceux et toutes celles qui n’aurait pas En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite de se le procurer. ça coûte moins cher qu’un paquet de clopes).
Sûrement pas non plus être dans le déni de la situation ou le « bougisme ».
Pas non plus me contenter d’un délire « Liberté, égalité, blabla » (je vous conseille la lecture de l’ouvrage de Yann Moulier Boutang dont j’utilise le titre).
J’ai la faiblesse de croire que la démarche (pas une recette, pas un guide), en profondeur et durable, initiée par la Ligue des droits de l’Homme et de nombreux autres autour de l’appel « Pour un avenir solidaire » va dans le bon sens.  Ainsi, « ce printemps, durant l’été, au-delà, mobilisons-nous pour faire vivre nos idées, expériences et propositions autour de débats, de manifestations diverses pour peser dans le débat public et affirmer ensemble que la liberté, l’égalité et la fraternité sont plus que jamais les clés de l’avenir que nous voulons. »
Je ne suis pas un « bisounours » et je sais bien que reprendre idéologiquement, politiquement, socialement l’avantage dans un contexte où « chacun pour soi » et « identités/solidarités exclusives » marchent main dans la main, passera – sans doute encore – par quelques claques dans la face. Pour autant, ne lâchons rien!

A chacun de s’approprier l’appel Pour un avenir solidaire.

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Entretien avec Edouard Mills-Affif 3/3

Comme promis, voici le troisième et dernier volet de l’entretien réalisé le 7 février 2014 avec Edouard Mills-Affif, l’auteur-réalisateur du (peut être) film Bassin miné. L’existence de ce film dépend de nous.

[pour revenir sur la 2e partie, cliquer ici]
Il y a des choses assez aberrantes. On voit des journalistes pressés qui débarquent à Hénin-Beaumont. Ils rentrent en contact avec Bruno Bilde puisqu’au Front national, c’est lui qui accueille. C’est le communicant, le maître de cérémonie. Et il ne leur dit pas qui aller voir. C’est plus subtil que ça. Mais comme les journalistes n’ont pas le temps de faire leur enquête, il leur glisse : « Tiens, ben oui, je connais… », il connaît tellement bien leurs attentes que ce n’est pas à lui de proposer. Ces journalistes savent ce qu’ils sont venus chercher. Quels profils attendent-ils ? Soit le prolétaire échoué qui erre sur la place du village. Soit les anciens électeurs socialistes ou communistes qui sont passés au FN.
Or, si on regarde bien qui sont les militants du FN, ce n’est pas du tout cela. Ils viennent de la droite classique. Ils ne viennent pas du tout de la gauche.


Probablement une conséquence de la radicalisation sarkozyste telle que l’on a pu l’observer dans certaines villes de France, des formes de fusion de l’électorat s’opèrent…

Il y a une partie de l’électorat de droite qui a basculé Front national, à Hénin-Beaumont mais aussi dans la région. Le FN s’est approprié tout l’espace à droite. Et la plupart des journalistes continuent à chercher soit le profil du « lumpen proletaire » soit celui des anciens électeurs socialistes ou communistes qui, maintenant, votent FN.
Et le FN est assez fort sur son « auto représentation ». Il n’impose rien. Mais, les cadres frontistes ont une telle connaissance du fonctionnement médiatique qu’ils anticipent. Le question est bien : pourquoi la majeure partie des journalistes ne questionnent pas le récit frontiste. Il ne s’agit pas nécessairement de remettre en cause, mais au moins de questionner.

A l’identique, ce que je vais montrer dans le film, Hénin-Beaumont, c’est deux villes qui ont été rattachées : Hénin-Liétard et Beaumont. Si l’on regarde les résultats électoraux, Beaumont est la partie de la ville où Marine le Pen a obtenu son plus gros score aux élections législatives de 2012. Dés le 1er tour, elle a fait 54 %. On n’a jamais vu une seule interview d’un Beaumontois. Ni même une seule image de Beaumont qui est un village anciennement rural où aujourd’hui la population est dominée par les couches moyennes et supérieures. Jamais rien là-dessus. Pourquoi ? Est-ce que, pour les journalistes parisiens qui débarquent, l’électeur du FN est forcément quelqu’un qui pense et qui vote avec ses pieds ? Quelqu’un qui n’a pas de rationalité ?
Pourtant, les gens qui votent FN à Beaumont ont un raisonnement sensé. Ils savent pourquoi ils votent FN. Ils peuvent l’expliquer, le défendre. Mais l’impensé du journaliste, c’est que ce choix ne peut être celui des couches moyennes ou supérieures. L’électeur FN, c’est forcément un abruti. Ça interroge sur l’imaginaire, les représentations. Celles vis-à-vis du peuple. Celle vis-à-vis du Nord, encore plus. Parce que là, c’est cumulatif. On a le peuple et on a aussi « Bienvenue chez les ch’tis », les représentations sur l’inceste, sur l’alcoolisme… Et donc, de nombreux journalistes recherchent les images qui collent à leurs représentations. Du coup, on n’a jamais d’électeurs de Beaumont interrogés.


Aujourd’hui, où en est le projet Bassin miné ? Quelles sont ses difficultés ? Comment le soutenir ?

En fait, d’une certaine manière, c’est un film qui n’aurait pas dû se faire. Jusqu’à 2011-2012, un projet qui n’arrivait pas à décrocher, et nous les avons sollicitées, le soutien de chaînes de télévision – chaînes nationales, chaînes régionales, de la TNT… – était un projet mort-né. Car pour avoir les subventions du CNC et des circuits traditionnels, il faut avoir un diffuseur au préalable. Donc, j’aurais dû dire : « C’est mort. »
Aujourd’hui, avec Internet, il y a la possibilité d’avoir une bouée de sauvetage. On a fait le choix de produire ce projet par souscription. On utilise à la fois des outils modernes – le crowdfunding via Internet et les réseaux sociaux – et des outils anciens.
Ainsi, on s’est souvenu que, dans les années 1930, Jean Renoir avait fait un appel à sou
scription pour son film La vie est à nous [tout comme La Marseillaise]. Finalement, c’est une vieille pratique qui peut trouver un certain écho dans les milieux progressistes, associatifs, politiques, syndicaux… mais aussi via les réseaux sociaux.

C’est, à la fois, très compliqué de faire sans l’aide et le financement des circuits traditionnels et très enthousiasmant presque euphorisant.
Au final, il s’agit de réussir à faire un film malgré le refus des chaîne. Une sorte de pied de nez. « Vous n’avez pas voulu de ce projet. Je ne connais pas les raisons profondes de votre choix – d’autant que je n’étais pas illégitime à initier ce projet – mais je le fais malgré tout. En toute liberté. »
On est une petite équipe de 10 personnes et tous sont bénévoles. Mais c’est la fierté de se lancer dans une aventure cinématographique, une aventure politique – qui nous semble nécessaire dans le climat actuel – qui nous porte. C’est une 1re riposte. Un grain de sable [d’autant plus aujourd’hui, après les élections municipales]. Mais si on multiplie les grains de sable, on arrivera peut être à quelque chose. En tout cas, à se réveiller, ce qui serait déjà bien. Et cette fierté, ce n’est pas une posture. Évidemment, je préfèrerais travailler avec des moyens, être payé. Mais ça veut la peine qu’on se retrousse les manches et qu’on donne notre temps et notre énergie pour ce film qui nous paraît utile pour l’avenir.

Aujourd’hui, le film est toujours en cours de fabrication [les derniers plans ont été tournés lors de l’investiture de Steeve Briois le 30 mars]. L’idée reste d’associer le plus largement possible individus et groupes pour soutenir ce film « en devenir » uniquement financé par ses souscripteurs.Pour l’instant, le budget n’est toujours pas bouclé. La question du montage est en suspens.
Le risque est que l’aventure n’aille pas à son terme. C’est à dire qu’il ne prenne pas la forme d’un film et d’un DVD. La liberté de création à un prix et il faut mettre la main à la pâte.
Pour que le film existe, il faut se dire : « Bon, j’ai envie d’aider. Le projet me semble nécessaire et utile et je contribue à son indépendance ».

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Entretien avec Edouard Mills-Affif 2/3

Je rappelle que cet entretien, dans son intégralité, a été réalisé plusieurs semaines avant le scrutin municipal.
Depuis l’élection de Steeve Briois à la mairie D’Hénin-Beaumont au premier tour de l’élection municipale, dimanche 23 mars 2014,  le film Bassin miné a, plus que jamais, besoin de nous pour voir le jour, y compris (et surtout) financièrement (pour souscrire, (lire ici).

[Pour revenir sur la 1re partie, cliquer ici]
Bien sûr, ils approchent de la dernière marche qui peut les amener à gérer les affaires localement. Mais ce n’est pas encore un bastion. Il y a encore de la résistance à Hénin-Beaumont. Et moi, après avoir filmé de l’intérieur le Front national, maintenant, je veux filmer une autre face – cachée – d’Hénin-Beaumont, son autre visage. Celui que l’on voit trop rarement dans les médias et qui n’a pas dit son dernier mot. Du moins, je l’espère.
Sous forme de boutade, je pourrais considérer que je n’ai pas le choix. Puisque les frontistes ne me permettent plus de les filmer. Mais pour autant, ce choix qui s’impose à moi, n’est pas un choix par défaut. J’ai envie de montrer de la contradiction dans cette affaire.
On a l’impression qu’Hénin-Beaumont c’est « facholand ». Pour moi, il s’agit de montrer qu’il y a de la résistance.
En 2011, je reprenais le projet. Et je me suis dit : « Non mais attends, tu es en train d’écrire la chronique d’une victoire annoncée ». Comme si, fatalement, je ne pouvais réaliser qu’une longue chronique de la conquête réussie par le Front national.
Et puis, je me suis dit : « Les choses ne sont pas écrites à l’avance ». D’autant que, sans fantasme d’un avenir radieux, c’est simplement dire : « Ce n’est pas possible que plus d’un siècle d’une histoire d’un territoire marqué par les luttes sociales, les conquêtes de ceux et celles qui reconstruisent la France après la Seconde Guerre mondiale – les mineurs du Pas-de-Calais , la Résistance, avec des vagues migratoires successives, avec une tradition de solidarité… » C’est une population hospitalière, accueillante, solidaire. Ce n’est pas seulement les luttes, c’est aussi l’éducation populaire, les associations sportives qui infusent des valeurs progressistes. Et je me dis : « C’est pas possible que cet ADN se soit effacé, gommé. » Ça fait encore partie de la mémoire collective. Une mémoire qu’il faut peut être raviver, des « mythes » qui doivent être remobilisés pour redonner fierté.
Je pense, comme d’autres, que la reconquête d’un territoire passe par la reconquête, la réhabilitation, d’une mémoire et d’une identité collective des populations du bassin minier à qui on a dit à un moment : « De toute façon, votre histoire, c’est rien. Maintenant, c’est les services, les entrepôts. On est dans un monde post-industriel. » Ce que les populations retiennent : « Tout ce que vous avez fait, ça ne compte pas.Votre histoire on la raye d’un coup de crayon. » Et ça, c’est d’une violence terrible.
Je pense que la reconquête politique passe, bien entendu, par la politique. C’est l’affaire du terrain. Il faut que la gauche sorte du bois et fasse comme Briois. Car on peut dire ce qu’on veut, mais Briois fait de la politique – à la fois de la politique traditionnelle (porte-à-porte, marchés, présence de terrain…) et moderne. C’est à dire qu’il utilise tous les outils de la communication (le net, le marketing).
Mais il faut aussi retravailler, remobiliser la fierté collective et réhabiliter cette identité, cete histoire riche, glorieuse – héroïque même – de cette population.

Bassin miné, ce serait donc une chronique des résistances et des alternatives en cours de reconstruction et des formes, au-delà du combat politique, qu’elles prennent sur le plan culturel, social… ?
Ce que je vais essayer de faire dans le film – je ne suis pas représentant politique, syndical ou associatif -, c’est d’observer, à la fois, ce qu’il s’est passé depuis 2003 mais aussi de « détricoter » ce que j’ai filmé il y a 10 ans. Ce n’est pas un film et un autre, c’est le second qui englobe le premier et qui cherche à donner une perspective historique en racontant sur une décennie cette – sale – histoire.
Je continue de décrypter les choses et j’y ajoute un élément supplémentaire. En 2003, j’étais sur le décryptage politique. Là, je vais essayer d’élargir mon propos et faire un décryptage médiatique. À savoir : comment le Front national, Bruno Bilde et Steeve Briois, parvient-il à attirer à Hénin-Beaumont pour faire croire que cette ville est le reflet du « nouveau » Front national, l’emblème de la nouvelle génération Marine Le Pen, la vague « bleu marine » ?
Ils ont voulu, dans un premier temps, faire un laboratoire. Ensuite, ils ont réussi à en faire une vitrine. Et maintenant, ils veulent en faire un modèle.
Un laboratoire : celui de l’insécurité sociale et de la diversification des thèmes, la présence sur le terrain… C’est ce que j’ai filmé en 2003.
Une vitrine : faire croire que Hénin-Beaumont représente la réalité du Front national. Or, ce parti ancré, avec des militants de terrain, avec un élu qui joue un rôle au Conseil municipal, c’est encore davantage une exception que la règle en France. Ce parti populaire que Marine Le Pen appelle de ses vœux, ce parti nationaliste et populaire est peut être – et encore, on peut en douter – une réalité à Hénin-Beaumont, mais ce n’en est pas encore une ailleurs. C’est le « poisson pilote » d’une stratégie qui vise à multiplier cette vitrine. Marine Le Pen a réussi à en faire le miroir grossissant fantasmé d’un « nouveau FN » qui, finalement, n’existe que là. D’où leur détermination, leur pugnacité à attirer les journalistes : le secrétariat général a été, à un moment donné, décentralisé à Hénin. Marine Le Pen s’est présentée aux élections ce qui a constitué une caisse de résonance en lien avec sa personnalité médiatique…
Et de ce point de vue, ils ont réussi leur coup. Tous les journalistes n’allaient plus qu’à Hénin. Après, il y a eu Brignoles, puis Perpignan… on s’intéressera à d’autres ville. Mais durant 3 ou 4 ans, dés qu’on parle du Front national, c’est Hénin-Beaumont.
Ils ont réussi à montrer cette image. C’est l’effet de réalité. Mais une réalité qui est partielle. Une réalité qui en masque une autre : le FN n’arrive toujours pas à être un parti de masse, un parti populaire.
On dit qu’il y a 8000 militants actifs au FN. Le reste, ce sont bien souvent d’illustres inconnus qui ne mettent même pas leur photo sur les affiches parce qu’ils n’ont aucune visibilité ni crédibilité sur le plan local.
Enfin, un modèle : aujourd’hui, dans les stages de formation du FN – Steeve Briois était d’ailleurs, à un moment donné, responsable à la formation et il allait un peu partout avec son bâton de pèlerin pour expliquer comment il fallait s’y prendre pour s’implanter localement et appliquer les mêmes recettes que celles expérimentées à Hénin-Beaumont.
Et quand même, il y a ici une certaine – je ne dirais pas candeur – disons naïveté. Au FN, s’il y a bien une chose qu’ils maîtrisent, c’est la mise en scène, l’art de se raconter et de proposer leur propre récit. Mais le problème, c’est la facilité avec laquelle les médias – je n’aime pas trop globaliser, je le fais par commodité – sont tombés dans le panneau et ne questionnent pas le récit.

[pour lire la 3e et dernière partie de l’entretien, cliquer ici]

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Après la gueule de bois…

Avant de mettre en ligne comme je l’annonce ici les parties 2 puis 3 de l’entretien que j’ai eu il y a quelques semaines avec Edouard Mills Affif, l’auteur-réalisateur du documentaire Bassin miné qui, plus que jamais, a besoin de notre soutien pour donner à voir qu’Hénin-Beaumont résiste et résistera au nouveau maire Steeve Briois et à son programme (n’oublions pas  d’ailleurs les Orangeois défenseurs des libertés,  d’une égalité réelle et d’une fraternité autre que celle du sang), il me semblait important de faire connaître aux lecteurs et lectrices de ce blog la réaction à chaud, mise en ligne lundi 24 mars, sur le blog du documentaire en devenir. La voici :

Même si on s’y attendait, le résultat du scrutin d’Hénin-Beaumont a été une claque, une surprise, Un camion pris en pleine gueule, comme le disait l’un des habitants. Et la surprise est de taille: qui aurait parié que Steeve Briois l’emporterait dès le premier tour?

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Entretien avec Edouard Mills-Affif 1/3

En 2004, je rencontrais Edouard Mills-Affif pour qu’il présente aux lecteurs et lectrices du journal Ras l’front son documentaire Au pays des gueules noires – La fabrique du front national (voir l’entretien ici et ici). Il y a quelques semaines, nous nous sommes revus pour évoquer le projet Bassin miné, le film qui met à nu le FN dont les lecteurs et lectrices de ce blog ont pu prendre connaissance ici.
Je tiens à souligner que ce film a besoin de nous pour voir le jour, y compris (et surtout) financièrement (pour souscrire, lire ici).
Voici la 1re partie de notre entretien. La seconde sera mise en ligne la semaine prochaine durant l’entre-deux tours des municipales. Le dernier volet le sera dans les 1ers jours d’avril, au lendemain de l’élection.

Edouard Mills-Affif, pourriez-vous nous présenter votre parcours et le projet « Bassin miné » ?
Je suis documentariste. J’ai fait une quinzaine de films, beaucoup autour de l’immigration, la mémoire coloniale, le cinéma de l’immigration. Le dernier film que j’ai fait, c’était sur le parcours des cinéastes franco-maghrébins, depuis les années 70, autrement dit depuis le premier film réalisé par un cinéaste immigré – c’est comme ça qu’on disait à l’époque -, jusqu’à la consécration actuelle des acteurs, des réalisateurs franco-maghrébins qui renouvellent le cinéma français et qui lui redonnent un nouveau souffle. C’est pour ça que ça s’appelait Nouvelle Vague.

Je suis actuellement sur deux projets : L’un est une histoire d’amour contrarié dans un petit village à 60 km du Caire. Il a été tourné juste avant la destitution des Frères musulmans et Mohamed Morsi, au printemps 2013. Ça ressemble à une fiction, mais c’est un documentaire. Ce sont de vrais gens, dans un vrai village, avec des dialogues improvisés ;
Et le deuxième film, « Bassin miné », qui est un peu la suite d’un premier film, réalisé en 2003 à Hénin-Beaumont, sur les prémices de la conquête, de la stratégie d’implantation, d’enracinement du Front National dans une terre de gauche blessée, un territoire meurtri par la fermeture des mines dans les années 80.

J’ai pu, à ce moment-là, entrer dans les coulisses d’un jeune élu du Front national, Steeve Briois, que tout le monde connaît aujourd’hui mais qui, à l’époque, était un illustre inconnu. Il avait accepté que je l’accompagne dans ses activités militantes : les portes-à-portes, les marchés, les discussions brainstorming de son staff…

A l’époque, ça fonctionnait un peu comme une start up, comme une entreprise familiale. Il y avait quelques fidèles, pas beaucoup de militants, mais une présence constante de Steeve Briois. Il faisait à la fois le démarchage et le management. Il a pris beaucoup de poids à partir de l’arrivée de Bruno Bilde – son plus proche conseillé. C’est lui qui a su donner la force de frappe que Briois n’avait pas.

Briois avait des talents de colporteur. C’était un ancien commercial, il vendait des abonnements à Numéricable. Bruno Bilde, c’était l’expert, Sciences Po, un sens aigu de la communication, une analyse très fine de la carte électorale, des sondages. Par ailleurs, très procédurier sur le plan juridique. Grâce à lui, Steeve Briois a su s’imposer comme la seule vraie opposition au Conseil municipal du temps de Gérard Dalongeville. Sa force, son assise, ont décuplé à partir de l’arrivée de l’expert. Nous avions donc le bateleur et l’expert.

Laurent Brice joue aussi un rôle dans ce dispositif…
Laurent Brice est un vieil ami de Steeve Briois. Ils se rencontrent au lycée. Lui, à l’époque, il est à Montigny. Il n’est pas à Hénin-Beaumont. Ce n’est qu’après qu’il va devenir secrétaire départemental du Front national.

Ces trois jeunes, que moi j’ai connu lorsque Steeve Briois avait 28 ans, ont, depuis, gravi les échelons. Briois est devenu secrétaire général du Front national. Bruno Bilde a été, le temps de la campagne présidentielle de 2012, chef de cabinet de Marine Le Pen. Et Laurent Brice est devenu secrétaire départemental. Il sera – possiblement – le prochain adjoint de Steeve Briois, si ce dernier arrive à rafler la mairie d’Hénin-Beaumont.

Entre-temps, je suis parti au Canada. Je suis revenu en 2010. J’étais resté en contact. Je prenais des nouvelles régulièrement. Quand je suis revenu, une des premières choses que j’ai fait, c’est de retourner Hénin-Beaumont.

Et là, alors qu’en 2003, ils avaient un petit local dans le fond d’une cour. A mon retour, ils étaient installés dans la rue principale dans un immeuble sur trois étages. Alors qu’en 2003, ils n’étaient qu’une petite poignée de militants, il y avait – maintenant – une petite armée d’une trentaine de militants actifs. Steeve Briois était passé de 30 % des voix aux municipales à 48 % à celles de 2009.

Il avait encore progressé en usant toujours des mêmes méthodes. De ce point de vue, rien n’avait changé. Alors pourquoi faire un deuxième film ?

Ce qui avait changé, c’était à la fois le contexte économique et social depuis la crise des subprimes en 2008 et la nouvelle dynamique créée par l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN en 2011?
En effet. Sachant que Briois expérimente la thématique de l’insécurité sociale, dés 2003, avec Metaleurop. Et là, on sent que, dans les tracts, ce n’est plus seulement l’immigration, l’insécurité : la question sociale vient en force.

Ils ont compris que c’était là qu’ils pouvaient capter une partie de l’électorat. Parfois, avec une rhétorique qui pouvait faire penser – si les tracts n’étaient pas signés – aux tracts d’Arlette Laguiller. Marine Le Pen sent qu’il y a un coup à jouer. Briois l’attire à Hénin-Beaumont. Elle va, tout d’abord, se faire élire au Conseil régional. Ensuite elle devient conseillère municipale. Et là, non seulement elle est la vraie opposition mais le maire – qui est un personnage un peu falot, un ancien principal de collège, socialiste, d’un certain âge – ne fait pas le poids face aux assauts. C’était même, selon les observateurs locaux, assez pathétique de voir à quel point il y avait une patronne dans la salle..

Et à chaque apparition au Conseil municipal, elle met en scène ses entrées et préparait ses points d’intervention afin de faire le buzz médiatique. Car même si elle n’était pas là à tous les conseils municipaux, elle développait une stratégie autour des révélations de la commission régionale des comptes…
Bien sûr. Et là, c’est du beurre : il y a le scandale Dalongeville. Briois s’engouffre dans la brèche. Tout cela, après la fermeture des mines dans les années 80 ; après la fermeture des usines : Metaleurop, par exemple ; et après Metaleurop, il y a Samsonite. Actuellement, il y a encore une entreprise de transport routier qui ferme laissant sur le carreau plus de 200 personnes !…

Il y a donc la fermeture des usines, de nouveau un peuple qui se sent orphelin. La seule chose qui lui reste comme pilier protecteur, ce n’est pas l’État, qui est trop loin, qui ne joue pas son rôle, qui abandonne le territoire. Le sentiment d’abandon est très fort après la fermeture des mines où un peuple très encadré par l’activité structurante des mines – un système de contrôle social permanent – passe du tout-contrôle à l’insécurité la plus totale.

Il y a ensuite la trahison des patrons-voyous qui ferment l’usine avec un fax, sans même la présence physique du patron. Une sorte de présence fantomatique. Un ennemi invisible contre lequel on n’a aucune prise. Que reste-t-il alors ? Il n’y a plus les fanfares et la socialisation  liée aux mines (même s’il reste les clubs sportifs). Le seul pôle protecteur, c’est la mairie et le maire… dont on attend trop d’ailleurs.

Et un beau matin, on voit Dalongeville, sur France 3, les menottes aux poignets, sortir de son domicile encadré par la brigade financière de Lille. De nouveau une colère sourde, une résignation rageuse est ressentie par les habitants. De nouveau, le sentiment d’être abandonné.

Ce sentiment d’abandon est extrêmement important pour comprendre soit le basculement vers le Front national, soit l’abstention. On oublie souvent de dire que Hénin-Beaumont, c’est 26 000 habitants. Je ne sais pas combien il y a d’inscrits [NDLR : 19320 inscrits en 2008]. Mais à chaque élection, il y près de 50 % voire plus d’abstention.

Ce n’est pas pour minimiser le vote FN que je souligne cela. C’est pour dire que le 1er vote, c’est l’abstention. Le FN fait 4 000 voix. C’est beaucoup bien sûr. Mais lorsqu’on lit les journaux, qu’on écoute les informations, on a l’impression que tout Hénin-Beaumont a basculé au FN. Or, je voudrais rappeler que ni Marine Le Pen, ni Steeve Briois n’ont remporté de scrutin à ce jour. Et pourtant, on entend partout : « c’est le fief de marine Le Pen… Le bastion du Front national… » Quel bastion ?

[Pour lire la 2e partie de l’entretien, cliquer ici]

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